Un goût d'éternité 7e partie : Anna et Giacomo : 1969 (3).
Horrifié, Antonio recula, craignant d’être contaminé par l’effrayant phénomène en train de se produire.
Pourtant, le chevalier ne put faire plus d’un demi pas. En effet, tout se figea une courte seconde. Tous les êtres vivants, les animaux, les humains, le ciel, le soleil même s’immobilisèrent brusquement, sans signe annonciateur, comme saisis pour l’éternité.
Puis, le mouvement reprit, d’abord hésitant, puis plus sûr, plus rapide, tous les vivants achevant leurs gestes ou occupations interrompus.
Etant parvenu à réaliser cet exploit de la remise en route de la bonne chronoligne, ayant fait fi du heurt temporel de deux pistes autres au minimum, Michaël s’adressa à Stephen sur le mode mental.
- Oui, Stephen, j’ai effacé les élucubrations du continuum spatio-temporel dues au Commandeur Suprême. Mais je n’ai aucune honte à avouer que, là, j’ai cru échouer. Il est allé très loin, presque trop loin. Encore un coup de cette force, et nous sommes bons pour les limbes…
Antonio sortait de son immobilité, ne se souvenant de rien, au contraire du chercheur de Caltech.
- Je voudrai qu’on m’explique ! Je ne suis pas un attardé, mais là, visiblement, j’ai au moins un train de retard, grommela Archibald. Qu’est-ce que c’était ce micmac de fascisme et de rococo mélangés ?
- Soyez plus discret, Archibald, recommanda Michaël.
- Je crois bien qu’un lambeau de 1942 flottait en 1762, murmura Stephen… grâce à l’intervention fantaisiste de qui tu sais, mon oncle.
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- Scusate me, signori, mi sento male, disait della Chiesa en se frottant les yeux. Si vous le permettez, rebroussons chemin. Pepino effectuera une autre sortie ce soir. Je profiterai de ce léger malaise pour vous faire goûter au chocolat préparé par ma servante. Vous allez l’apprécier je crois…
- Bien volontiers, répliqua Giacomo avec la plus grande politesse. Nous visiterons votre appartement, signore della Chiesa. J’espère que cette indisposition n’est plus qu’un souvenir…
- Oh ! Rien qu’à l’idée de boire un chocolat, je me sens déjà mieux. Mais, signore, vous êtes un pur romain, un Romain de Rome et non de ses environs ?
- Si, si, c’est exact. Je suis né près des ruines du château Saint-Ange.
Moins de dix minutes plus tard, les cinq hommes étaient confortablement installés dans des fauteuils d’un des salons du chevalier napolitain, attendant avec une certaine impatience de déguster une tasse du délicieux chocolat préparé par la servante d’Antonio.
Bientôt, se laissant aller, le chevalier se mit à discuter théologie avec Perretti : nature de la divinité, immanence de l’Intelligence divine, tout Plotin, tout Aristote, tout Platon et tout Saint Augustin y passant comme démonstration.
Il s’agissait là d’un échange bien ardu pour Stephen et Archibald qui, pour échapper à l’assoupissement inévitable, s’étaient levés de concert et, à une des fenêtres, préféraient regarder le spectacle toujours renouvelé de la rue.
Alors que les minutes, voire les heures s’écoulaient, Michaël posa une question à sournoise à Perretti.
- Vous ne m’avez jamais exposé, très cher ami, comment vous avez pu faire la synthèse des derniers ouvrages de notre inestimable Antonio. Je serai curieux d’en savoir davantage sur la chose.
Aiguillonné, Giacomo, aborda donc le voyage tibétain du chevalier. Celui-ci ne fut guère intrigué par le fait de voir que de parfaits inconnus connaissaient cette expédition.
*****
4 août 1995.
Kintu Guptao Yi-Ka effectuait son rapport à Johann van der Zelden, un Johann qui était en train de prendre connaissance des derniers cours de la bourse.
- Maître, faisait l’homme-robot, Renate Athanocrassos est morte, Dietrich Möll au bord du divorce. Pour moi, c’est un homme fichu qui ne se relèvera jamais. Le Commandeur Suprême a réussi à investir les leviers de commandes du banquier. Ce dernier n’est plus qu’un pantin entre les mains du clone Humphrey Grover.
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- Hum. C’était ce qui était escompté, répondit l’Ennemi. Kintu, le Commandeur vous a-t-il donné d’autres directives ?
- Maître, il m’a simplement ordonné d’attendre vos instructions.
- Je vois. Bientôt, le commandant Gregory Williamson, que tous croyaient disparu, va réapparaître, sorti presque indemne d’un long séjour chez le Viêt-Cong.
- Cela est-il important, maître ?
- Oh oui ! Incarnez-vous dans la peau d’un officier du Pentagone afin de prendre en charge Williamson. Il vous faudra le réhabituer à une vie normale. Occupez-vous de lui en 1970. Tout va dépendre de vous, Kintu… Notre situation actuelle et bien davantage.
- Bien maître. Vous savez combien j’aime me rendre utile. J’accomplirai cette nouvelle mission avec le zèle qui me caractérise.
- Vous m’êtes plus qu’utile, Kintu, vous m’êtes indispensable.
Après avoir prononcé ce compliment, Johann coupa brutalement le contact. Une autre pensée le taraudait. Il lui faudrait se rendre au plus tôt en 1763.
- Je ne pouvais dire à Kintu, aussi fidèle soit-il, aussi inféodé qu’il le paraît, que le Commandeur Suprême m’a chargé en fait de poser moi-même les jalons de l’élimination de della Chiesa. Nous luttons à deux contre Michaël. Bientôt, très bientôt, il sera dans l’incapacité de contrer nos pièges, son énergie n’étant pas illimitée, puisque, visiblement, il n’a toujours pas recouvré sa puissance primitive. Tandis que moi, j’y suis presque… ses duplicatas vont rompre tout lien avec cet agent terminal et Michaël va devoir nous affronter seul, sans racines, loin de son moule original. Ce ne sont pas ses quelques alliés humains qui vont changer la donne. Des insectes ridicules à qui le véritable enjeu échappe ! Mais revenons à Michaël. Il parviendra à douter de son identité. Cela est inévitable. Même en étant l’agent terminal, on ne peut lutter à la fois sous les dinosaures – mais de quelle ère secondaire ? – sous Ramsès II, sous Charlemagne en 772, en 1441 auprès de Fra Vincenzo, sous Charles Quint, pendant la guerre d’indépendance des Etats-Unis en devenir, en 1009, en 1762, en 451,
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en 1805, en 1678 et en 1706 simultanément, en 44 avant J.-C., et, parallèlement en 1400 en Afrique,
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en 1815, en 1812, en 1477,
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et, surtout, bien évidemment en 2045… n’en jetez plus… la difficulté s’avèrera insurmontable et ce, d’autant plus que toutes ces années que je viens d’énumérer se reflèteront à l’infini au sein d’un kaléidoscope dont les images seront de plus en plus déformées par rapport à la réalité du tissu temporel. Ainsi, il y aura des centaines, des milliers de 1805, une multitude de 1678. Tout se télescopera, en un prodigieux chaos. Louis XIV sera-t-il toujours le Roy Soleil ? Quant à Charlemagne, Carolus Magnus, a-t-il bien régné, ou même existé ? Ou ne serait-ce pas plutôt son frère Carloman qui se sera substitué à lui jusqu’en 814 ? à moins que la bonne date soit 819… Pourquoi pas ? Les possibilités sont si nombreuses, mon imagination si vaste… Que je m’amuse ! Désormais, je ne crains plus personne. Le Commandeur Suprême a commis la fatale erreur de me doter de la véritable puissance. J’ai barre sur le Pan Chronos… je suis hors du Temps… libre d’agir à ma fantaisie. Hors d’atteinte, de toute contrainte. Lorsque j’aurai tué Michaël, lorsque je l’aurai vu agoniser, je pourrai trépasser à mon tour… mais… si je peux éviter cette éventualité, je ne vais pas cracher dessus. Le terme mort est inapproprié ici. Usons plutôt du mot effacement. La réalité de l’existence de Michaël n’est un fait tant que je n’entrave pas le Temps tel qu’il a été jusqu’à maintenant. Michaël ? Un rêve, une illusion, une esquisse jamais aboutie, jamais rendue tangible. Tiens ! Lorsque je me retrouverai dans l’impossibilité de prononcer son nom, j’aurai gagné. Toutefois, ma mémoire conservera malgré tout l’impalpable souvenir de sa destruction. De cela, je ne veux pas douter. Il le faut. Je le dois.
Revenant au moment présent, à sa réalité matérielle bien prosaïque, Johann acheva de lire les colonnes financières de son journal. Enfin, regardant le cadran de sa montre, il monta sur la terrasse aménagée de son building newyorkais et là, se mit à manipuler un micro écran vidéo qui faisait office de témoin de contrôle.
Une bulle se matérialisa alors quasi instantanément. Une ouverture se fit et l’Ennemi se glissa à l’intérieur de l’incroyable véhicule. Puis, après s’être installé confortablement, van der Zelden programma sa destination. Sachant où et quand elle devait se rendre, la bulle s’effaça dans les spirales invisibles du temps.
*****
30 avril 1762.
Un autre salon chez le chevalier Antonio della Chiesa. Une pièce déjà entrevue ailleurs. C’était là qu’Antonio entreposait ses œuvres mécaniques, ses automates dont il était si fier, à juste titre. Sans humilité aucune, il présentait à ses hôtes ses créations.
Un des hommes mécaniques était en construction. Il s’agissait du fameux copiste musicien. Mais il était encore loin d’être achevé. Il lui manquait des pièces, des rouages essentiels. Nous comprenons l’émotion qui serra le cœur d’Archibald à la vue du personnage. Se dressait devant lui l’assassin de son père ! Mais tout à sa fierté, le chevalier ne se rendit pas compte des sentiments mitigés de l’un de ses nouveaux amis.
Avec minutie, Antonio s’étendit longuement sur le façonnage des diverses pièces et des systèmes d’engrenage qui permettraient un jour à l’automate copiste de fonctionner et de se mouvoir avec une certaine souplesse.
Stephen s’émerveillait sincèrement devant la mécanique, trouvant tout génial. Pour lui, il avait affaire à un prototype de robot, bien avant l’heure.
- Quelle prodigieuse invention ! s’exclama le professeur de Caltech à un moment. Mes amis, incontestablement, nous avons devant nous l’ancêtre des robots.
- Robot ? Jamais je n’ai ouï ce mot, fit Antonio fronçant ses sourcils.
- Signore della Chiesa, reprit Stephen imprudemment, robot est un terme signifiant « automate ».
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- Ma che ! No ! Corrigea Giacomo. Le mot veut dire « travailler ». Tout le monde sait cela.
- Mes amis, ne nous disputons pas pour un simple problème de vocabulaire. Mais, vous avez raison. Tout ceci n’est encore que de l’automation. Je suis certain que, d’ici quelques millénaires, les hommes auront appris à se passer de toutes ces machineries inutiles.
Soudain prodigieusement intéressé, Michaël se mêla à l’échange verbal.
- Comment pouvez-vous être aussi certain que l’homme du futur aura dépassé le stade de la mécanique ? Chimique ou artificielle ? Il y a quelques jours, vous avez discuté théologie avec Giacomo, le thème abordé étant la nature de la divinité en Occident et en Orient. Mais je crois bien me souvenir que vous n’avez pas abordé ce que vous envisagiez quant à l’avenir de l’humanité.
- Au Tibet, j’ai vu des moines, des sages capables de s’élever dans les airs, de léviter par la seule puissance de leur volonté, répondit le chevalier, le visage soudain grave. Ils pouvaient également agir à distance sur n’importe quel objet.
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- De la télékinésie ? hasarda Archibald. Vous aurez été abusé.
- Non, non ! objecta le chevalier. Je sais que les phénomènes auxquels j’ai assisté étaient bel et bien réels. Je n’ai pas non plus été hypnotisé. Tenez, laissez-moi poursuivre sans mettre en doute ce que j’avance. Prenez par exemple ce vase de fleurs qui repose sur cette petite table basse. Les lamas initiés seraient à même de le soulever sans le toucher et de le transporter jusqu’à la cheminée. Les plus expérimentés d’entre eux pourraient aussi faire bouger le petit meuble et le descendre jusqu’au bas de l’escalier.
- Ah ? J’aurais bien voulu voir ça ! proféra Stephen avec le plus grand sérieux. Je n’ai jamais assisté à un tel spectacle, mentit-il tout en dévisageant Michaël et en se retenant de sourire.
- J’ai essayé de me livrer à ce genre d’exercices, avoua Antonio en baissant la tête. Je n’ai obtenu aucun résultat probant. Vous imaginez ma déception, n’est-ce pas ?
- Fort bien, acquiesça Giacomo.
- Mais je ne regrette pas mon séjour au Tibet, tout au contraire. Là-bas, j’ai appris à dominer, à contrôler mes sentiments les plus négatifs. A être toujours d’un calme parfait. Comme si une lumière bénéfique m’enveloppait.
- Déplacer ce vase, Antonio, articula l’agent temporel en dévisageant le chevalier avec un rien de condescendance, c’est l’enfance de l’art.
- Comment cela ?
- Tout Homo Spiritus, oh ! je pars de l’hypothèse que l’homme ordinaire aura un successeur plus évolué, y arrive dès ses premières heures d’existence. Quant aux Homo Sapiens, avec un peu d’entraînement, ils peuvent en faire autant. Si vous le désirez vraiment, eh bien, je me ferai un plaisir de vous dévoiler les mécanismes mentaux pour y parvenir à votre tour. Mais… Est-ce là tout ce à quoi vous avez assisté, signore della Chiesa ?
- Euh… Il s’agit là d’un fait si extraordinaire, hésita le chevalier. Sous le regard perçant de Michaël, il enchaîna :
- Un matin, le lama qui dirigeait le monastère est entré en transes. Il s’est élevé dans les airs à une altitude de vingt pieds pour le moins et a décrit une bataille, une bataille à venir, qui se déroulait dans les nuages. Il a aussi prédit l’invasion de son pays par des hommes sauvages à l’âme pervertie, couleur de sang.
- Ouille ! s’écria alors Stephen étourdiment. Il s’agit là de l’invasion du Tibet par la Chine communiste de Mao !
Serait-il donc possible que l’esprit d’un Homo Sapiens voyage dans le temps librement, comme un Homo Spiritus, sans user d’appareil ? De translateur ? Sacré entraînement à mon avis !
- Je ne sais pas, je ne comprends pas tous vos propos, signore Stephen, jeta Antonio, l’esprit préoccupé. J’ai pu avoir accès à un traité tibétain, un ouvrage entreposé dans une bibliothèque, ladite bibliothèque mise en vente après le décès de son propriétaire. Ce traité avait pour titre : « Consubstantialité, foi, religion et temporalité ». Le style, les termes utilisés, m’ont fait dater le livre d’avant le Quattrocento. Ce traité était traduit du latin qui, lui-même, l’avait traduit du tibétain, d’après ce que j’ai pu en juger.
- Ce qui signifie, commenta Michaël, qu’avant vous, un inconnu a effectué un long voyage jusqu’au Tibet, et, ceci, avant l’illustrissime Leonardo da Vinci, Fra Vincenzo, Boccace et Dante pour ne citer qu’eux. Tout cela ne fait qu’épaissir davantage le mystère.
Toujours sous la coupe mentale de l’agent temporel, Antonio ne réagit pas autant qu’il l’aurait dû aux paroles incroyables prononcées par l’Homo Spiritus. Quant à Perretti, il eut l’étrange sentiment que Michaël ne disait pas tout, qu’il se retenait. Néanmoins, il le laissa poursuivre sans intervenir.
- Une autre question me vient à l’esprit car une pensée me taraude. Comment ces Tibétains ont-ils pu acquérir une science spirituelle aussi aboutie ?
- Michaël, est-ce à dire que vous désirez vous rendre dans ce monastère ? Demanda Perretti quelque peu circonspect.
- Oui, exactement, mais pas tout de suite. L’origine des connaissances psychiques des moines tibétains remonte à environ un millénaire, pas davantage. Cela correspond à peu près à l’apparition des premiers monastères bouddhistes. En fait, les lamas actuels n’ont plus qu’une image déformée de cette connaissance.
- Hum… mais cela reste assez renversant, émit Archibald.
- Signore della Chiesa, fit l’agent temporel à l’adresse du chevalier, je vais vous demander une faveur quelque peu teintée de… sacrifice. Laissez-moi recopier quelques passages de votre traité.
- Signore Michaël, vous me gênez, commença le Napolitain. Je suis justement en train de rédiger un essai sur ledit traité. Auriez-vous donc l’intention de me voler le fruit de mes recherches ?
- Pas du tout, répondit l’Homo Spiritus avec candeur. Cela ne m’était même pas venu à l’esprit.
Tirant sur la manche de Michaël, Stephen lui dit à l’oreille :
- N’insistez pas, je vous prie. Vous avez amplement les moyens de vous procurer cet ouvrage par ailleurs. Même mieux, si j’en crois ma mémoire. Vous avez déjà lu le livre que rédige actuellement della Chiesa. Alors, dans ce cas, pourquoi demander à voir l’original ?
- Un original est toujours plus proche de la vérité, des pensées de l’auteur qu’une copie de copie, jeta l’agent temporel sur le mode mental. Mais, Stephen, je tiens compte de votre remarque et ne m’obstine pas. Je parviendrai à remonter à la source. Une source qui doit être un érudit du Moyen Âge, enchaîna-t-il ensuite à haute voix.
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- Comment ? S’étonna alors Perretti qui avait entendu les paroles de Michaël. Je ne comprends plus. Lorsque vous êtes venu me voir à Rome il y a quelques années, vous connaissiez parfaitement l’identité de cet érudit.
- Signore Perretti, rétorqua aussitôt l’homme du futur, c’est tout simple. En fait, d’après ma ligne temporelle, je ne suis pas encore venu vous rendre visite. Oui, pour vous, ce fait est déjà survenu, mais pas pour moi.
Ces paroles furent prononcées en anglais. Et Giacomo saisit qu’il devait poursuivre à son tour dans cette langue.
- Certes, mais… Je venais de perdre mon épouse quelques jours auparavant. C’était un jour triste et sale de janvier…
- Giacomo, dois-je insister ? Oui, c’était bien moi, mais avec quelques mois de plus.
Afin de ne pas gêner Antonio davantage, Michaël s’excusa, cette fois-ci en toscan.
- Signore della Chiesa, ne m’en veuillez pas ni pour tout à l’heure, ni pour mes apartés en anglais auprès de mes collègues. Je prenais conseil, voilà tout. Je comprends tout à fait les raisons de votre refus. Mes amis m’ont raisonné, me démontrant combien il était malpoli de ma part d’insister.
- Oh, j’ai déjà oublié ce petit incident, signore Michaël, salua le chevalier avec amabilité.
- Mais vos affaires vous appellent ailleurs, chevalier. Ne le niez pas. Alors, dès demain matin, à la première heure, tous quatre, nous reprendrons la route. Nous n’étions à Naples que pour quelques jours. Vous vous êtes montré fort généreux en nous accueillant ainsi, en nous offrant le gîte et le couvert sans contrepartie. Je ne vous ferai donc pas l’offense de vous donner une bourse, mais en reconnaissance, recevez ceci.
Au creux de la main de Michaël, il y avait une petite étoile taillée dans du cristal, un magnifique objet d’art. Ses ciselures étaient toutes en finesse conférant à ce bijou délicatesse et préciosité.
- Meraviglioso ! S’exclama della Chiesa avec la plus grande sincérité. J’ignorais que les Anglais étaient capables d’ouvrer de telles beautés !
Alors, d’une main qui tremblait légèrement, le chevalier se saisit de l’objet avec mille précautions et retournant le bijou dans sa paume, prit le temps de l’admirer sur toutes ses faces.
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