Un goût d'éternité 6e partie : Otto : 1965 (3).

 

 

Château de Ravensburg, 4 décembre 1965. 

 Image illustrative de l’article Château de Cheverny

C’était un samedi soir. La grande horloge à balancier du hall indiquait 20 heures 35.

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 Le propriétaire des lieux venait d’achever un souper frugal, suivant en cela les recommandations de son médecin. Il s’était contenté d’avaler une aile de poulet accompagnée de haricots verts et d’une compotée de poires. Pour boissons, un seul verre de vin et un thé parfumé à la bergamote, afin de mieux dormir. 

Musée du Temps de Besançon 

Détendu, le sexagénaire demanda à sa femme de charges, une Bavaroise d’origine d’un âge certain, à l’esprit très terre à terre, de le laisser seul dans le salon. Pour être certain de ne pas être dérangé, il lui accorda sa soirée. 

 Description de cette image, également commentée ci-après

Assuré ainsi de sa tranquillité, Otto s’installa confortablement dans un profond fauteuil de cuir, siège qui faisait face à une vitrine dans laquelle était renfermé l’automate. Sur sa gauche, un feu de bois brûlait, atténuant l’humidité de la pièce aux hauts plafonds. A l’extérieur, il floconnait depuis cinq heures de l’après-midi et, déjà, les allées se tapissaient de blanc. Aucun bruit ne venait troubler la solitude de l’ex-baron hormis, peut-être, le craquement des bûches dans l’antique cheminée. 

Cheminée de chambre du château de Madrid (France). 

Alors qu’il se saisissait de son livre, Otto posa ses yeux sur le demi-queue qui trônait au milieu du salon, un instrument sur lequel, jadis, sa cousine Johanna s’exerçait tant bien que mal, massacrant Bach et Schumann avec le même entrain, exécutant Brahms et Wagner avec enthousiasme.

Sur une table basse, un magnétophone devait distiller les notes du quatuor La Jeune Fille et la Mort de Schubert. D’un geste lent, Otto brancha l’appareil et les premières mesures de ce chef-d’œuvre retentirent dans la pièce. 

 Cheminée du château de Lourmarin, Vaucluse (France)

Alors, en soupirant, le sexagénaire se remémora les prestations musicales de ses amis Wladimir et Franz. Une bouffée de tristesse s’empara de lui. Allons. Wladimir n’était plus, oui, mais le duc von Hauerstadt se portait comme un charme. Quel dommage cette brouille entre les deux hommes ! Combien il regrettait les dures paroles qu’il avait eues envers Franz. Sans doute ce dernier était-il dans le même état d’esprit. Mais son orgueil le retenait d’accomplir le premier pas. C’était dit : si demain il ne recevait pas la lettre tant espérée, lui, Otto, en rédigerait une autre, encore plus chaleureuse, faisant comprendre au duc que tout était pardonné, que lui, le plus âgé, avait besoin de ses conseils…

Peu à peu, l’ex-baron dodelina de la tête et son livre, un ouvrage scientifique portant sur l’exploration éventuelle du Système Solaire, chuta sur le lourd tapis de Boukhara. Le bruit sourd ne le réveilla pas. Endormi profondément, il se mit à rêver… 

 Yomut, XIXe siècle.

Son inconscient le transporta jusque dans le passé, remontant jusqu’à ce terrible cauchemar qu’il avait eu en 1923. Une fois encore, les mêmes images tourmentées, les mêmes sons syncopés et absurdes. Les couleurs se heurtaient, se confondaient avec les bruits discordants, blessant les oreilles. Tout s’entrechoquait, tout se mêlait dans la confusion la plus totale.

Désormais, le corps d’Otto était recouvert de sueur. Des gouttes perlaient sur son front dégarni.

Dans un sursaut, le sexagénaire rouvrit les yeux. Empli d’une sourde angoisse, il fut désorienté de longues secondes. Enfin, il sut où il se trouvait et une pensée terrible lui vint.

« Je crois que la boucle est bouclée », articula-t-il péniblement.

Se redressant, Otto Möll scruta l’obscurité relative avec crainte. Dans la cheminée, le feu était en train de s’éteindre et les braises rougeoyantes conféraient aux meubles et aux bibelots un aspect extraordinaire. Tout était parfaitement à sa place, rien n’avait bougé. Le magnétophone, resté branché, laissait maintenant sa bande tourner à vide dans une bobine.

Or, là était l’étrange ! Une des variations du quatuor de Schubert égrenait toujours ses notes mais dans un grave se rapprochant sans cesse davantage des infrasons. Si tout avait été normal, l’appareil n’aurait jamais dû faire retentir de la musique. Seul le bruit de la bande tournant à vide aurait dû être perceptible.

Pris de malaise, Otto se redressa sur son fauteuil, tentant de se lever. Mais son corps était lourd et ne répondait plus à sa volonté.

Pendant ce temps, la variation entamait désormais une sorte de course folle, elle était comme prise de frénésie, son rythme s’accélérant au-delà du possible. Semblant doté d’une vie propre, le magnétophone vacilla sur la table basse pour tomber sur le parquet. Brisé par la chute, il s’éteignit et la musique cessa.

Toutefois, la possession ne s’arrêta pas là. Le tour du piano était venu. Le couvercle fermé n’en laissait pas moins retentir la célèbre Barcarolle des Contes d’Hoffmann. 

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Sous la terreur qui le paralysait, Otto se recroquevilla sur son fauteuil, persuadé que le salon était hanté par un esprit malfaisant.

Un claquement le fit tressaillir. Le couvercle du piano venait de se relever alors qu’il n’y avait que l’ex-baron dans la pièce. Le vieil homme put voir distinctement, dans un halo rougeâtre, les touches blanches et noires s’abaisser, s’enfoncer, exécutant non plus la barcarolle mais la Marche mortuaire de Liszt. 

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C’en fut trop pour le sexagénaire. Son cœur battit à se rompre dans sa poitrine. La panique lui faisait perdre toute raison. Tel un jeune enfant apeuré et impuissant, il couvrit sa tête de ses bras croisés. Réflexe inutile contre ce qui, ici, le menaçait.

Une demie seconde plus tard, le maléfice s’en prit aux portes et aux fenêtres du rez-de-chaussée du château. Comme sous l’emprise d’un vent violent soufflant en tempête, elles s’ouvrirent et se refermèrent avec fracas, encore et encore.

Prisonnier à l’intérieur de ce cauchemar, Otto parvint enfin à se lever de son fauteuil. Ses yeux exorbités fouillaient la pénombre relative. Il murmura des paroles incohérentes.

« Elle est là… oui, elle est là ».

Sa pensée vagabonde s’enfonçait davantage dans la folie au fur et à mesure que le temps s’écoulait, un temps étiré de plus en plus, ralenti à l’extrême. Presque un temps mort.

Quelque chose se matérialisait sur le parquet. Quelque chose prenait corps. Non pas une ombre mais… quoique… un humain, âgé d’une vingtaine d’années tout au plus, gisait, parfaitement immobile, sur les lattes cirées.

Malgré lui, comme attiré par le cadavre, Otto réussit à s’approcher du corps étendu, le tâta d’une main malhabile et moite. La dépouille était vêtue d’une façon démodée, d’un costume qui rappelait vaguement un souvenir au sexagénaire. Avec un effort qui le fit respirer bruyamment, le vieil homme retourna ce qu’il pensait être un cadavre.

A la vue de ce visage jadis si familier, Otto, plus que jamais livide, recula, presque à glisser sur les lattes cirées.

Mais qui était donc ce jeune homme mort, ou peut-être pas, à la fleur de l’âge ? Le double du maître des lieux, un Otto parti pour un monde dit meilleur vers vingt-trois ans. Il s’agissait d’un autre lui-même de l’ex-baron von Möll, venu d’un temps parallèle, d’une autre chronoligne.

Fasciné, comme poussé par une volonté extérieure à lui, le sexagénaire revint près de la dépouille. Un détail l’avait frappé. Dans la poche droite du veston porté par le fantôme, il y avait un journal britannique. Avec maladresse, Otto, le vieil homme, s’en empara et se mit à lire la date du quotidien : décembre 1922.

La clarté de la lune, désormais il ne neigeait plus, permit à l’ex-baron d’en apprendre davantage. Dans le plus peur style accrocheur des années folles, le journal disait ceci :

S’agit-il de la malédiction des Pharaons ? Etait-il titré en gros caractères.

Puis, plus bas :

Un des chercheurs du tombeau de Toutankhamon, Otto von Möll, un scientifique plein de promesses, a été découvert mort ce matin aux pieds du Sphinx. 

Image illustrative de l’article Sphinx de Gizeh 

Malgré le manque de lumière et ses difficultés de lecture, Otto se mit à parcourir l’invraisemblable article en entier. Le journaliste n’en savait guère plus que ce que le titre accrocheur disait, mais il supposait que le jeune professeur était mort à la suite d’une piqûre de scorpion, un scorpion particulièrement venimeux.

Abasourdi, le sexagénaire ne comprenait pas. Il haletait de plus en plus, son cerveau fonctionnant comme au ralenti. Immobile devant le cadavre, il le fixait, ses yeux figés. Mais son raisonnement scientifique reprit tant bien que mal le dessus.

« Tout cela est absurde ! Ce journal ne peut être qu’un faux. En décembre 1922, j’étais déjà rentré en Grande-Bretagne. Quel délire est-ce là ? Quelles sont ces visions ? Par quel phénomène sont engendrées ces hallucinations ? ».

L’ex-baron ne s’était pas aperçu qu’il monologuait à haute voix. Quelqu’un, un intrus apparemment surgi de nulle part, lui répondit d’un ton cynique. L’inconnu avait une voix aux résonances métalliques comme si les paroles qu’il prononça avaient été dites par une machine intelligente.

- C’est tout à fait exact, Otto. Tu as une bonne mémoire. Mais tu oublies une donnée. Il ne s’agit pas ici du même temps, de la même chronoligne, donc du même univers.

Alors, un individu âgé d’une trentaine d’années, mais pas du bon côté de la trentaine, vêtu d’un smoking noir so chic orné d’une chemise à jabot de dentelle, les mains également gantées de noir, s’avança, faisant tournoyer avec insolence une cape rouge et une canne-épée anachronique. Il semblait provenir d’une temporalité différente.

- J’espère que tu as assez d’entendement pour m’identifier, mon cher Otto, poursuivit l’étrange et glaçant individu. Souviens-toi. Nous nous sommes déjà rencontrés à Las Vegas. C’était le 1er janvier 1960. Il n’y a pas si longtemps… ton cauchemar de tes jeunes années t’avait déjà mis en garde… oui, tu as eu le privilège de rêver ta mort. Est-ce bien utile de t’annoncer que ta dernière heure vient de sonner, Herr Möll, toi qui as renié à la fois ton titre de baron et ta particule nobiliaire ? Tu vas rejoindre Johanna, ta cousine. Le temps que je gouverne ou que j’aspire à diriger va basculer et se remettre en place, selon mes désirs.

- Tu es envoyé par le Mal absolu, par Satan, par la Mort-même ! s’écria Otto d’une voix étranglée. Va-t’en !

Le vieil homme se mit à trembler car il venait de comprendre à qui il avait affaire.

- Ah ! Ah ! Ne me fais pas rire, l’ancêtre ! ne sais-tu pas encore que nul ne peut défier impunément Johann van der Zelden, le Maître du cours de l’Histoire ? De tous les cours de l’Histoire ? Le Maître de la destinée humaine ? Mais j’en ai assez dit. Ecoute les dernières secondes de ta vie s’égrener dans le sablier du Temps. Une dernière prière peut-être ? 

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Avant de s’estomper, de rejoindre un lieu futur à une date inconnue, l’Ennemi lança une dernière pointe.

- Sache, Otto, que c’est toi-même qui as forgé l’instrument de ta très prochaine mort. Toi qui n’as vécu que par le progrès, les machines en qui tu as mis toute ta foi, toute ton énergie, eh bien, tu vas périr par la faute d’une machine, tu vas être exécuté par un artefact doté d’intelligence.

Un ultime ricanement et l’Ennemi disparut. A sa place, il y avait désormais d’autres images, d’autres fantômes venus du passé. Etaient-ils engendrés par les remords qu’Otto éprouvait ?

Des centaines, des milliers de Franz s’avançaient dans la pièce sombre, éclairée par une clarté de plus en plus pourpre, de plus en plus sombre. Tous ces spectres étaient vêtus d’un uniforme de lieutenant-colonel de la Wehrmacht. Ils marchaient ou plutôt glissaient en direction du vieil homme moribond, tendant leurs bras vers lui, les yeux morts, aveugles, suppliant Otto d’une voix rauque. 

 J'accuse d'Abel Gance

- Tu ne nous as jamais vus… dans la réalité intrinsèque… mais ici, tu nous as rencontrés alors que c’était impossible. Nous sommes morts, abattus par le fantôme de Carole Lavigne, Anna von Wissburg il y a plus de vingt ans déjà.

Les gémissements à peine audibles se transformèrent en cacophonie discordante pour se fondre dans le silence assourdissant de ce lieu hors monde, de cette pièce hors de toute logique.

A leur tour, les faux Franz disparurent dans le néant alors que le salon baignait maintenant dans une lumière de fin du monde, dans une brume sanglante.

Soudain, un rayon plongea sur Otto, le cernant, le sondant, le blessant. Il était tout aussi écarlate que la lumière ambiante, tout aussi maléfique.

Voulant échapper à tout prix à ce rayon doté d’intentions meurtrières, le sexagénaire le fuit en courant à travers toutes les pièces de la propriété, grimpant d’un pas lourd et maladroit les escaliers conduisant aux étages supérieurs, pour finir par trouver refuge dans le grenier empli d’objets hétéroclites et de toiles d’araignées. Il soufflait comme une forge, il suffoquait et transpirait plus que jamais. Sa vue vacillait, il avait du mal à focaliser et croyait que tout le décor gondolait autour de lui.

Mais la lumière, comme un chasseur accompli, le retrouva, le colla, comme un remords dont on ne parvient pas à se délivrer.

Acculé contre une tapisserie moisie, Otto haletait de plus belle, le souffle court, le cœur battant à près de 160 battements par minute.

Tel un scanner doté de vie, la lumière, le cercle malfaisant épiait sa proie, ses moindres gestes, ses moindres signes.

Enfin, la victime parut à point et murmura d’une voix hachée, à peine perceptible :

- Quoi ! Lui ici ? Mais tantôt, il était encore dans le salon… enfermé derrière sa vitrine…

Que voyait le promis de la mort ? A travers la lumière incertaine provenant d’un volet mal fermé, comme une ombre chinoise, Otto Möll venait de reconnaître une silhouette diffuse, armée d’un stylet. L’être ou la chose se détachait du mur et un bras s’abattit par huit fois sur sa proie désignée depuis des lustres. Eclair de lune sur l’acier argenté, sang et râle.

Otto Möll s’affaissa sur lui-même, les yeux révulsés, ne voyant plus que le vide désormais, toute intelligence enfuie, dépourvu du souffle de la vie. Le parquet empoussiéré du grenier reçut ce corps encore chaud.

Mais tout se mit à tourner, vite, très vite, tout bascula, le haut devint le bas, le grenier le salon… miroir qui déforme, qui transforme, qui ment.

Le cadavre du sexagénaire gisait sur le parquet du salon qu’Otto n’avait en fait jamais quitté. Ses habits étaient déchirés, tachés de son propre sang.

Mystérieusement revenu sur la petite table basse, le magnétophone distillait les toutes dernières mesures du quatuor La Jeune Fille et la Mort.

Le courant électrique était rétabli. Le lustre éclairait de sa lumière violente la scène macabre. Otto Möll avait cessé de respirer, il était mort. Son existence s’était achevée ici, dans ce château de Ravensburg qui avait déjà connu tant de tragédies.

Aux côtés de la dépouille, se dressait l’automate italien du Napolitain Antonio della Chiesa, parfaitement immobile, impavide, son visage inhumain sans expression. Dans sa main droite, pourtant, la mécanique tenait serré le poignard damasquiné, tout dégouttant du sang de sa victime. 

 Fichier:Dagger horse head Louvre OA7892 full.jpg

Mais voici que le robot ou assimilé prenait vie une fois encore. La mécanique ouvrit sa dextre et l’arme tomba sur le parquet sombre en un bruit sourd. Puis, dans le silence rétabli, un piip piip se fit entendre tandis que le poitrail de l’automate s’ouvrait, son mécanisme enfin visible. Des roues dentelées microscopiques, des microprocesseurs de la taille d’un grain de poussière, des nanites…

Visiblement, l’automate meurtrier n’était pas originaire du XVIIIe siècle. Cette mécanique, copie du véritable automate copiste d’Antonio della Chiesa, avait été construite et assemblée dans les laboratoires secrets des hommes robots à Shalaryd la mystérieuse, dans les années 3000, peu avant la Grande Révolte.

Obéissant aux directives du Commandeur Suprême, Xaxercos et ses confrères avaient mis au point cette arme meurtrière destinée à sa victime désignée, Otto von Möll.

A Ravensburg, il était 23 heures 11. L’automate s’était immobilisé pour toujours. Avant de se désintégrer, désintégration programmée une fois les ordres accomplis, un ricanement étrange sortit de la mécanique asservie, un rire rauque, artificiel. Le Commandeur Suprême savourait sa victoire, à moins que ce ne fût l’Ennemi…

 

*****

 

Trois jours plus tard, les obsèques de l’ex-baron von Möll eurent lieu et Otto fut enterré en grande cérémonie dans le cimetière communal de Ravensburg. Son cercueil fut déposé dans le caveau familial où reposaient depuis de longues années les dépouilles de Wilhelm, de Waldemar et de Johanna van der Zelden.

Toute la famille Möll encore en vie s’était rendue à la cérémonie funèbre. Du moins ses membres en âge de voyager et d’assister à l’enterrement : Dietrich, Anna Eva, Patricia, l’aînée des enfants de Dietrich, Archibald – vêtu pour la première fois d’un costume sombre – Richard van der Zelden, Georgios Athanocrassos et son épouse Renate, mais également, malgré les brouilles plus ou moins sérieuses, Franz et Elisabeth von Hauerstadt avec François, Cécile et Friedrich, - les jumelles étaient restées à la garde de leur fidèle nurse Marie – Giacomo Perretti, ému au-delà du possible tandis que de nombreuses personnalités et anonymes de Ravensburg marquaient de leur présence ce triste événement. Malgré la distance, Franz avait tenu à venir alors que toute sa famille résidait dorénavant en Guyane. Le trajet avait été fort long et les von Hauerstadt avaient failli arriver en retard aux obsèques. Elisabeth avait tout juste eu le temps de revêtir une robe noire et une toque de la même couleur, un manteau assorti, des chaussures à talons et des gants. La jeune femme souffrait du froid car elle avait perdu l’habitude de températures aussi hivernales. Mais elle n’en montrait rien. La tristesse la submergeait et, de temps à autre, elle jetait un coup d’œil à son mari ainsi qu’à Giacomo pour voir s’ils ressentaient la même chose qu’elle. C’était difficilement visible chez Franz mais elle ne pouvait se tromper quant au chagrin de Perretti.

A la fin de la triste cérémonie, le duc prit à part Archibald Möll et lui fit part de son mécontentement concernant l’enquête rapide conduite par la police quant au décès de l’ex-baron Otto von Möll.

- Le récit officiel des circonstances de la mort de mon père ne me satisfait pas non plus, avait déclaré l’ex-baroudeur.

- Dans ce cas, reprenez l’enquête, Archibald.

- Soit. Mais pourquoi ne vous en chargez-vous pas vous-même ?

- Mes obligations professionnelles présentes me l’interdisent, mon ami. Je dois rejoindre Cayenne au plus vite. J’appartiens maintenant à la recherche spatiale française et européenne, voyez-vous. Vous n’avez pas idée des difficultés que j’ai eues pour me rendre aux obsèques de votre père.

- Entendu. Je n’ai pas le choix. De toute manière, je veux savoir ce qu’il en est. Au fait, dois-je tenir informé Dietrich des résultats éventuels de mes recherches ?

- Cela dépend du contenu, Archibald.

- Je vois. Dietrich a l’esprit trop… cartésien…

- Vous avez saisi.

Tout le monde prit congé à la fin de l’après-midi.

Le sujet qui ne fut pas abordé fut celui de l’héritage laissé par Otto Möll. Qu’allait devenir la propriété familiale située ici, à Ravensburg ? Dietrich l’aurait bien vendue… Archibald aussi d’ailleurs…

 

*****

 

Or, à des milliers de kilomètres de distance et à quelques décennies dans l’avenir, Johann van der Zelden, plus précisément celui de 1995, avait assisté aux funérailles d’Otto par écran de « télévision » interposé. Puis, éteignant son poste, l’Ennemi marmonna :

« Exit Otto Möll. Enfin ! Ce n’est pas trop tôt. Il m’en a donné du travail, ce rabat-joie. Maintenant, Franz peut entrer en sommeil selon les allégations du Commandeur Suprême. Espérons qu’il ne reparaisse jamais ! ». 

 Photo de 7 cigares posés à plat avec leurs bagues.

D’une main nerveuse, van der Zelden alluma son cigare, un havane d’une longueur respectable.

 « Si, jamais, il faisait mine de me gêner comme il l’a si bien fait jusqu’à maintenant, eh bien, je le briserais. Désormais, sachant qui je suis réellement, je suis prêt à courir ce risque… calculé. Après tout, ne suis-je pas en quête de l’effacement total, du Néant absolu ? ».

 

*****

 

Fin de la partie

 

   

 

 

 

 

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