Un goût d'éternité 7e partie : Anna et Giacomo : 1968 (1).
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C’était le printemps. Dans le petit motel discret où Anna et Adrian avaient l’habitude de se retrouver, l’Ennemi se rendit compte de l’humeur plutôt mélancolique de la jeune femme, ce qui n’était pas dans son caractère. Avec tact, il lui en demanda les raisons. Il espérait que les événements récents et tragiques n’avaient rien à voir avec son spleen. Il y avait quarante-huit heures que Martin Luther King avait été assassiné. Des émeutes se répandaient dans tout le Sud du pays.
Enfin, après moultes hésitations, Anna reconnut :
- Il y a que Dietrich n’est pas aveugle, encore moins sot. Il me fait des scènes à la maison. Devant les enfants.
- Ne prends donc tu pas des précautions lorsque nous devons nous voir ?
- Mais si. Seulement, malgré moi, j’ai dû me trahir car je ne supporte plus la médiocrité de mon mari, son manque d’ambition et de caractère. Ce n’est pas un lutteur. Il se complait dans le train-train quotidien. Depuis quelques mois, il boit. Son haleine ne me trompe pas. Quand je le compare à son père, Otto, je ne peux être que déçue.
- Mais, Anna, il en faut des hommes ordinaires comme Dietrich. Un Etat a besoin de citoyens moyens.
- Sobres et non pas alcoolisés !
- Anna, tu commets une erreur en le comparant à son père et à moi, reprit l’amant. Tout de même, nous ne sommes pas ici pour évoquer ton époux.
- Justement. Je me demande de plus en plus souvent pourquoi je suis tombée amoureuse de lui.
- Tu as dû lui trouver des qualités et elles t’ont fait l’aimer.
- Oui, autrefois. Mais aujourd’hui, je le déteste. Parfois, je me dis que j’aurais dû choisir son frère Archibald.
- D’après ce que tu m’en as dit, Archibald ne me semble pas fait pour le mariage et les responsabilités qui vont avec.
- Lui, c’est un homme, un vrai, jeta Anna d’une voix dure.
Adrian ricana.
- Archibald n’est qu’un instable, un asocial, un baroudeur aventurier qui ne se sent bien qu’au milieu des sauvages, ma chère Anna-Eva. Ce type est incapable de fonder un foyer.
En son for intérieur Johann pensait que le frère cadet de Dietrich n’était pas fichu de semer des bâtards aux quatre coins du monde avec les femmes rencontrées au gré de ses pérégrinations exotiques.
- En fait, ce que tu veux, c’est un peu d’aventure tout en ne dédaignant pas le luxe. Tu as pris comme mauvais exemples ta belle-mère Renate Athanocrassos et son Georgios.
- Adrian, se fâcha la jeune femme, voilà que maintenant, tu me reproches de vouloir sortir de ma condition d’Américaine moyenne. Il n’est pas de bon ton pour mes semblables de travailler. Je dois me contenter d’être une parfaite maîtresse de maison. Mais j’aspire à autre chose. Au fond, pourquoi t’ai-je rencontré ? Le dieu du hasard m’a joué un drôle de tour.
- Le regrettes-tu ? Ne m’aimes-tu plus ? s’inquiéta l’amant.
- Tu as été le catalyseur qui a détruit mon foyer. Je m’endormais dans la routine quotidienne, je m’enkystais. Lorsque je t’ai vu à bord de cet avion, c’était comme si je venais d’être foudroyée. La profondeur nocturne de tes yeux m’a envoûtée comme si j’avais absorbé un philtre, comme si tu m’avais ensorcelée. Au fond, je ne sais pas si mon amour pour toi est sincère, naturel. Je pense qu’il y a un secret en toi. Mais je ne veux pas le percer. Tu es là à mes côtés, tu me parles mais je sens que ton esprit est ailleurs. N’y aurait-il pas une autre femme dans ta vie ? Je ne le crois pas. Tu as reconnu être célibataire. Je te fais confiance sur ce point. Si jamais tu m’avais menti, je ne te le pardonnerais pas !
- Je n’aime que toi, Anna-Eva, je te le jure sur ce qui m’importe, sur mon travail, mon ambition. Tu ignores le sacrifice que tu m’imposes. Pour toi, je remettrais tout en cause. J’abandonnerais tous mes projets les plus fous, les plus hardis. Tu es devenue ma seule ambition ! Hélas, je m’aperçois que tu te détaches peu à peu de moi. Pour toi, je détruirais le monde. Or, j’en ai le pouvoir.
- Tu me fais peur. Pourquoi ce mot « détruire » ? Il est d’une violence inouïe. Lorsque tu prononces ce verbe, tes yeux ont des éclats de nuit. Tu es le directeur de l’agence de la CIA à Detroit. C’est là ce que tu as avoué. Tu peux, sur ordres de ton gouvernement, faire et défaire les régimes des pays voisins, comme en Iran il y a une quinzaine d’années. Serais-tu en train de pousser certains Etats d’Amérique latine à la guerre civile ?
- J’y travaille, jeta Adrian sèchement. Mais cela ne me fait pas plaisir.
- Non, je ne te demande pas tes secrets professionnels. Pour moi, la paix est le bien le plus précieux sur cette Terre. Le Président Johnson a maintenu sa politique de coexistence pacifique. Je ne puis que l’approuver.
- Coexistence pacifique ? C’est un mensonge. En ce moment, des milliers de GI’S se font descendre dans les forêts vietnamiennes. La paix ? Mot dérisoire, absurde. Je ne paraphrase pas Napoléon qui a déclaré un jour : « ce n’est pas en criant le mot paix qu’on l’obtient ». Une paix armée en vérité qui dégénère en conflit localisé. Cette guerre du Viêtnam est en train d’essaimer en Asie du Sud-Est, au Cambodge et au Laos. Je reconnais bien là la désastreuse mentalité des hommes du XXe siècle.
- Oh ! Adrian ! Tu t’exprimes avec un détachement terrible comme si tu n’étais qu’un simple spectateur, un dilettante cynique. Pourtant, tu travailles pour les Etats-Unis, pour un organisme qui est réputé ne pas hésiter à sacrifier des centaines de personnes, voire des milliers, au nom de la liberté et de la raison d’Etat. Tu n’es ni un pacifiste bêlant, ni un guerrier ? Qu’es-tu donc ?
- Je suis Adrian, tout simplement. Mais nous avons là une conversation bien trop sérieuse Anna-Eva. Laissons la planète tourner encore. Occupons-nous de nous.
En embrassant Anna-Eva, Johann ne pouvait s’empêcher d’éprouver un sentiment de triomphe amer.
« Moi qui me plaignais de la solitude, il a fallu que je rencontre Anna-Eva. Je suis tombé bêtement amoureux ! J’ai découvert ce sentiment qui peut tout changer. Que faire ? Anna-Eva vaut-elle que je sacrifie ce qui était, pour moi, ma raison de vivre jusqu’à aujourd’hui ? Je ne sais pas, je ne sais plus, j’hésite. Situation ambiguë en vérité. Si elle savait, elle me regarderait avec horreur. Fascination et répulsion ! Mais aujourd’hui est relatif. Un seul enjeu importe : la destruction des humains. Mais est-ce que ce terme de destruction signifie-t-il encore quelque chose ? ».
Johann van der Zelden venait de révéler son point faible.
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Sur le plateau de tournage du feuilleton, Delphine Darmont ruminait sa colère.
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A la surprise d’Henri Verneuil, elle le planta là et s’en alla trouver Spénéloss qui travaillait dans son bureau cinq niveaux plus bas et deux kilomètre plus loin. Tendue à l’extrême, la jeune femme entra sans frapper dans la pièce et interpella l’Hellados.

- Dites-moi jeune homme, est-ce vous l’auteur de ces dialogues stupides et insipides que je dois débiter depuis hier ?
- Pardon, madame, mais je ne comprends pas vos récriminations, fit Spénéloss tout en se levant.
- Alors, qui est responsable ?
- Vos dialogues ont été approuvés par Henri, Alexandre et André.
- Mais j’apparais comme une femme légère et inconséquente dans ces scènes ! Aussi écervelée qu’une midinette.
- Certes. Toutefois, il semble me souvenir que dans cette bibande en noir et blanc de Mayerling où vous partagiez la vedette avec Charles Boyer, vous aviez de tels dialogues.
- Ah… oui. Mais j’étais encore fort jeune à l’époque. Depuis, j’ai mûri et mon jeu également. Vous devriez vous tenir davantage au courant.
- Madame…
- Mademoiselle, s’il vous plaît !
- Mademoiselle, vous devriez retourner sur le plateau. Ce qui est mis en boîte actuellement doit être diffusé demain. Nos résidents prendraient très mal le fait qu’il faudrait annuler la retransmission à cause de votre humeur.
- Monsieur, vous manquez de tact. Mais je ne puis attendre d’un Hellados une attitude plus respectueuse !
Avec une moue charmante, la jeune comédienne tourna vivement le dos au dialoguiste et, claquant la porte, s’en retourna d’où elle venait.
- Pourquoi ce genre de chose tombe-t-il sur moi ? soupira Spénéloss. Le style Dallas ne me convient guère. Il serait plus que temps de laisser la part belle à la science-fiction pure. Je suis las de recevoir ces humains à l’ego surdimensionné qui ne sont jamais contents des rôles qui leur sont échus dans cette histoire cathartique. Comme dirait Julien Carette : elle veut péter plus haut que son…
Il faut croire que Spénéloss était véritablement à bout pour se permettre de parler avec autant de familiarité. Ce feuilleton, avec toutes les avanies qu’il connaissait, était en train de le changer. Il était moins coincé et plus… humain.
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En mai 1968,
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Archibald eut la chance ou le malheur, selon le point de vue, de se retrouver en pleine bataille de rue dans le Quartier Latin, assurant son métier de journaliste pour Der Spiegel, évitant tant bien que mal les pavés, les cocktails Molotov des étudiants gauchistes ainsi que les grenades lacrymogènes et les lances-à-eau des forces de l’ordre. Ne parlons pas des ambulances dont les sirènes venaient rajouter au désordre ambiant. La plupart d’entre elles étaient conduites par de bien étranges individus, des barbouzes qui s’en venaient ramasser les manifestants les plus enragés afin de les mettre au frais et de les calmer d’une manière musclée. Le quadragénaire se baladait avec sa caméra et son carnet de notes tout en questionnant les différents acteurs, du moins ceux qui acceptaient d’être interviewés.
Pour résumer, en cette fin de mois de mai, le Président De Gaulle apparaissait quelque peu débordé par les événements. Pompidou, son Premier ministre, semblait avoir la main et prit l’initiative des négociations. Le général, désorienté et dans l’expectative, se rendit à Baden-Baden
afin d’y rencontrer le général Massu. Il lui demanda ce qu’il devait faire, comment agir et s’il pouvait compter sur le soutien indéfectible de l’armée. Conseillé, rassuré et chapitré, il put enfin rejoindre Paris. Ainsi, durant vingt-quatre heures, la France s’était retrouvée sans chef d’Etat. Le Premier Ministre, resté fidèle au poste, était parvenu à négocier avec succès les accords de Grenelle.
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Mais de Gaulle, ayant repris du poil de la bête, fit un discours à la radio le 30 mai et, aussitôt, les Français sortirent dans la rue manifester leur soutien au chef de l’Etat. On parla d’un million de manifestants à Paris tandis que le reste du pays n’était pas à la traîne. L’opposition de gauche, avec à sa tête l’ancien Président du Conseil Mendès-France – ce dernier se voyant déjà Premier Ministre d’une VIème République - dut capituler. La révolution de mai 1968 avait donc échoué.
Tous ces événements coûtèrent cher à la France et serviraient de prétexte à la dévaluation du Franc. De plus, le déficit du commerce extérieur se retrouvait également aggravé par les grèves qui avaient paralysé le pays pendant près d’un mois.
Archibald, en cinéaste amateur, avait filmé les combats de rues avec une caméra 8 mm. Muni de cette manne, il s’en vint développer ses films dans la salle de bains de sa chambre d’hôtel, un établissement tranquille du XVème arrondissement de la capitale. Ainsi, le journaliste avait transformé la salle d’eau en chambre noire pour plus de commodités et de discrétions. Oeuvrant avec efficacité, Archibald eut bientôt fini.
« Je pense que mon tirage est réussi » fit-il avec satisfaction.
A peine eut-il formulé cette phrase qu’une clarté aveuglante voila le film négatif. C’était là la manière habituelle de Michaël de se manifester, un Michaël venu en toute simplicité récupérer l’oncle de Stephen. L’Américain, au lieu de s’inquiéter de ce phénomène inexplicable et soudain, de manifester la moindre peur de ce qu’on aurait pu prendre pour un tour de magie, exprima sa fureur. A sa décharge, il ne connaissait l’agent temporel que par les déclarations de son neveu. Michaël était donc avant tout pour lui un intrus venu foutre son boulot en l’air. A ses yeux, ses beaux films constituaient des documents historiques irremplaçables. Après avoir calmé le reporter cinéaste, l’homme du futur lui expliqua plus ou moins l’incongruité de son apparition.
- Votre neveu Stephen a besoin de vous en 1995.
Il rajouta sur un ton péremptoire :
- Vous allez laisser là toutes vos affaires et me suivre. Nous envisageons en effet de couper l’herbe sous les pieds de l’Ennemi.
- Vous êtes de la police pour me parler sur ce ton ? Affilié à la NSA ? A la Stasi ? Partir tout de suite comme cela, sans machine ? Mazette ! L’homme a fait des progrès en quelques siècles. Voudriez-vous enfin venger la mort de mon père ? Ce n’est pas trop tôt.
- Pas exactement, rétorqua Michaël sans se démonter. Nous voulons empêcher Johann de nuire davantage, c’est tout.
- Suis-je dans l’obligation de vous suivre, my fellow ? Vous ne m’êtes guère sympathique, mister John Doe. Vous n’avez même pas décliné votre identité.
- Pardon pour cet oubli. Michaël Xidrù, agent temporel rattaché présentement au XXe siècle. Pour reprendre le fil de notre conversation, Archibald, vous n’avez pas le choix car nous sommes déjà en route.
Sans comprendre comment, le baroudeur grognon se retrouva en un clin d’œil dans une espèce de cuisine kitch de la fin du XXe siècle, cuisine ultra moderne située dans le loft de Patricia en plein cœur de Los Angeles.
Eberlué, Archibald peina à reconnaître sa jeune nièce. Rappelons qu’en 1968, la dernière fois qu’il l’avait vue, elle n’avait que seize ans et non quarante-trois. Elle se retrouvait plus vieille que son oncle et, malgré son maquillage, cela se voyait. Vêtue d’une façon impossible, elle avait tout d’une présentatrice d’émission de téléréalité.
Imaginez une espèce de robe asymétrique coupée dans un tissu inconnu. Ce n’était ni de la rayonne ni du jersey, encore moins de la soie. Avec des tons fluo, le côté droit était maxi, tombant jusqu’à la cheville, tandis que son opposé, atteignait non sans mal la mi-cuisse. L’ourlet apparaissait frangé sans aucune raison. Le côté court faisait penser à Ulla fille de la brousse et le côté long avait un rien de hippie chic de la jet set. Pour rajouter à cette toilette, le devant présentait un contraste de couleurs biparties, séparées par un triangle inégal de deux teintes criardes opposées. Au premier regard, il semblait que la partie longue était rose framboise, mais la teinte de la robe se comportait comme l’épiderme d’un caméléon et passait ainsi d’un dégradé rose fraise à rouge groseille pour le maxi, et du jaune citron au jaune canari le plus blessant à la vue pour le mini. L’excentricité de la tenue ne s’arrêtait pas là. Le dos était entièrement dénudé, révélant une chute de reins prodigieuse. Seule une espèce de short protégeait la pudeur. On l’aurait apparenté à un string, autrement dit à un bout de ficelle judicieusement placé. Un énorme nœud papillon piqueté de fleurs se rattachait au-devant par de fines bretelles. Ledit nœud connaissait aussi l’alternance des couleurs, du violet au vert printemps. L’iridescence de l’étoffe prodiguait l’impression que les ailes du lépidoptère factice battaient.
N’oublions pas les jambes aussi fuselées et galbées que les anciennes poupées Barbie des années 1960 des pistes temporelles 1920-1923, des jambes gainées dans des collants aux coloris mouvants extravagants, alternant le bleu métallisé fluo, l’argent le plus brillant en passant par tous les dégradés intermédiaires. Lorsque toutes les lumières étaient éteintes, les hôtes de Patricia avaient l’impression d’avoir devant eux un fantôme se déplaçant, le haut du corps invisible. A cette fantasmagorie sans tête, il fallait rajouter le détail de chaussures aussi fantaisistes que la robe, sortes de poulaines rayées où le rose correspondait au jaune du vêtement et vice versa.
La coiffure de Patricia était dans le même style, les cheveux coupés courts et frisotés du côté long de la toilette, de teinte prune, et du côté mini, raides, portés jusqu’à mi rein, d’un blond fadasse le plus dégueulasse.
Patricia Hill, femme brune à l’origine, avait manifestement pété un câble. La guerre faisait des ravages chez la gent féminine. Pour arborer une telle coiffure, il lui avait fallu se raser le crâne. C’était donc là une perruque.
La quadragénaire possédait des toilettes du même style dans ses placards. Elle se vêtait chez Camiglio Charleston dont le slogan était : « Global colored world with Charleston ». Quant au maquillage, il était aussi choquant et vulgaire que ses tenues vestimentaires, tout à fait dans le style dégénéré de cette fin suicidaire du XXe siècle, les lèvres passées au vert, le rose à joue du plus beau bleu-roi. Les yeux, par un artifice délirant, immensément agrandis par des traits noirs, blanc et rose mélangés, mangeaient presque tout le visage. Les sourcils avaient été rasés. D’énormes faux-cils les remplaçaient, dessinés à même la peau à hauteur du front, d’une couleur incertaine hésitant entre la teinte mandarine et le vermillon.
Contrairement aux apparences, tout ceci n’était pas un déguisement pour le carnaval de Rio ; il s’agissait bien là de la mode la plus courante pour une femme quadragénaire des années 1995. Les jeunes filles de dix-huit à vingt-cinq ans arboraient des toilettes patchwork superposant des éléments de différentes époques et styles d’une manière tout à fait disharmonieuse. Par exemple, un bras droit s’affichait avec une manche ballon 1840 tandis que le gauche montrait une manche kimono. En deux mots, il existait des milliards de combinaisons pour se vêtir, pour se déguiser et mettre un peu de piment dans une vie où le soir-même vous pouviez être irradié et appartenir à la faune qui peuplait les enfers de l’Antiquité. Ainsi, personne ne portait les mêmes habits que son voisin.
Les hommes n’étaient pas en reste avec une jambe bermuda coupé à la façon d’un haut-de-chausse de mousquetaire alors que l’autre ressemblait à un pantalon à sous-pied romantique qui n’aurait pas dépareillé dans les armoires d’Alexandre Dumas jeune.
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La guerre avait sa part de responsabilité dans ce délire vestimentaire. Chacun se vêtait de brics et de brocs pour oublier le présent. Les plus audacieux mélangeaient les tenues ethniques avec plus ou moins de bonheur, par exemple la cape d’un berger Masaï avec le caftan traditionnel russe du temps d’Ivan le Terrible. On appelait ce mouvement « transversalité genrée spatio-temporelle ».
Vous pensez bien que Stephen paraissait très classique lorsqu’il se baladait en ville en pantalon de velours usagé et en pull à col roulé. Michaël, vêtu d’une combinaison fluo vert Nil était encore plus anodin que le professeur.
Archibald, après avoir examiné sa nièce sous toutes les coutures, se rendant compte du ridicule de la situation, avala de travers la cigarette qu’il venait d’allumer. Il manqua s’étrangler de rire et finit par dire sur le ton de la boutade :
- Gosh ! Et moi qu’on prend pour un Hippy attardé !
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