Un goût d'éternité 7e partie : Anna et Giacomo : 1966 (4).

 

4 août 1995. 

 Blason

Stephen était de retour de RFA. Son oncle Archibald lui avait annoncé que Dietrich et lui avaient décidé de vendre le château de Ravensburg, trop cher à entretenir. Le professeur prit la chose avec philosophie puisque, pour lui, c’était déjà un fait acquis.

Mais, dans son pavillon, il eut la surprise de voir un Michaël tout souriant lui proposer de repartir pour le passé plus exactement pour le XVIIIe siècle. L’Homo Spiritus avait anticipé les projets du scientifique, ses intentions de faire désormais participer Archibald aux expéditions temporelles. Pour le professeur, tout était bon pour échapper à l’horreur d’une guerre dont personne ne voyait la fin. Cependant, ce déplacement n’était pas envisagé comme une sinécure. Il s’agissait de retrouver l’origine de certains faits découverts autrefois, du temps de Rodolphe, notamment en 1877. 

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- Pourquoi une telle entreprise, ici et maintenant ? s’étonna Stephen pour la forme. Est-ce une nouvelle fantaisie de votre part, Michaël ? La situation actuelle n’exige-t-elle pas votre présence ?

- Stephen ne vous fâchez pas. Souvenez-vous de nos explorations de 1877, lorsque nous avions mis la main sur les écrits d’Antonio della Chiesa. J’estime le moment venu de rencontrer notre inventeur napolitain en chair et en os. 

 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/88/Napoli_-_Maschio_Angioino_-_202209302342_3.jpg

- C’est pour vous dédouaner de l’affaire de l’automate ? lança Stephen avec ironie. Vous voulez me prouver que la mécanique assassine n’était qu’un artéfact, une réplique ? Ainsi, vous innocenterez les créations authentiques d’Antonio della Chiesa.

- L’automation du Siècle des Lumières, l’homme-machine de La Mettrie,

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 les préquelles de la créature de Frankenstein ne constituent pas le but recherché de notre translation. Ce que je souhaite, c’est l’élucidation de la conception du traité temporel du chevalier napolitain. Comment un touche-à-tout des Lumières a-t-il pu parvenir à un raisonnement sur le Temps identique à celui professé par les Sages de ma civilisation ? Et ce, avant Johann qui enquête également de son côté. 

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- Intéressant, mais della Chiesa exprimait les choses très maladroitement. Dois-je vous rappeler, Michaël, que, depuis Einstein, passé, présent et futur ne revêtent plus guère d’importance ?

- Certes. Il nous faut cependant empêcher Johann d’acquérir la capacité de créer des mondes et des antimondes, de déclencher des temps et des anti-temps démentiels. Imaginez la multiplication anarchique d’anti-Univers bulles. Oui, je l’admets. Mes maîtres, les Sages maîtrisent le Temps, mais pas dans sa Totalité. Ils n’ont pas barre sur le Pan Transmultivers. De plus, ce mur fatidique de 132 543, sorte de mur quantique au-delà duquel la physique de la 4ème civilisation post-atomique ne fonctionne plus, leur demeure inintelligible. Pour eux, il s’agit d’une Singularité, d’une aberration, d’une frontière. Je rappelle que les IA de bord des translateurs reviennent en arrière lorsqu’elles parviennent à ce point du Temps. Alors, elles engendrent un grand rebond, un Big Bounce. Les S ont le plus grand mal alors à stabiliser notre monde, à éviter de le voir finir en vapeur, mousse quantique. De même, je reconnais que le moment précis de l’apparition de ma civilisation leur échappe aussi. Nous avons un trou de neuf à dix mille ans entre l’an 30 000 et l’an 39 000. Je m’étendrai davantage sur ce problème un jour. Lorsque les S connaîtront enfin notre origine… 

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Stephen le coupa.

- Vous sous-entendez qu’ils perturberont la Création, qu’ils engendreront à leur tour quelque chose d’imprévu. Etes-vous réellement du bon côté, Michaël ?

- Ce n’est pas là l’intention des 12 Sages. Ils se battent pour qu’il y ait quelque chose, pour protéger les mondes ayant existé, c’est tout. Demandez plutôt à Johann ou au Commandeur Suprême, cet ordinateur fou, quelles sont leurs véritables intentions ? Assez tergiversé. Partons.

- Pour où et pour quand ? Questionna le chercheur.

- D’abord récupérer Archibald à Paris en 1968, ensuite, cueillir Perretti quelque part dans la même année. Je sais que vous avez suivi mon conseil en dévoilant votre véritable identité à votre oncle. En fait, j’ai besoin d’alliés. De plus, ce qui va advenir sera une excellente expérience pour vous. Peu à peu, vous allez habituer votre organisme à effectuer des voyages répétés et de plus en plus longs dans le temps. De plus en plus loin également. J’envisage, en effet, de remonter jusqu’à la civilisation mère, non celle de Mû, qui, vous le savez tout comme moi n’a jamais existé, mais celle qui a influencé les autres qui l’ont suivie. Quant à une attaque éventuelle de l’ennemi - je parle ici des Soviétiques – il n’y a rien à craindre pour le moment, une trêve de quarante-huit heures venant d’être signée entre les belligérants. Je crois que Diubinov a des problèmes avec ses translateurs. Ils ont besoin d’être révisés. Ils sont plus fragiles qu’un F18.

- Je vous suis volontiers.

Quelques minutes après cette scène, les deux hommes empruntèrent une autoroute qui conduisait à l’extérieur de L.A. Stephen conduisait un cabriolet Ford âgé d’une dizaine d’années. Le chercheur avait opté pour ce véhicule afin de ne pas attirer l’attention. Il disposait d’une autorisation lui permettant de faire le plein d’essence quand bon lui semblait. C’était là un véritable privilège car, ne l’oublions pas, nous étions en temps de guerre. Parvenu à une soixantaine de kilomètres de toute agglomération, Stephen cacha son auto derrière des fourrés. Puis, son compagnon et lui-même disparurent du temps présent comme s’il s’agissait d’un tour de magie. 

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