Un goût d'éternité 6e partie : Otto : 1960 (4).
En ce début d’avril 1961, dans la villa où demeurait la famille von Hauerstadt à Washington, il y avait déjà plus de vingt-quatre heures que personne n’avait vu le chat Sonntag.
Ces derniers temps, le félin avait tendance à ne pas quémander sa nourriture, à dormir de très longues heures, confortablement installé sur les fauteuils ou le divan, à s’allonger sur les lits et à ne plus vouloir les quitter. De plus, il perdait ses poils et ne venait pas lorsque les enfants l’appelaient. Avec l’âge, il était devenu sourd et moins agile. Il dédaignait les jeux des plus jeunes de la famille, en l’occurrence les jumelles Liliane et Sylviane qui venaient de faire cinq ans.
Imaginez deux belles petites filles rousses, coiffées en queue de cheval le plus souvent et identiquement vêtues de robes confortables, voire de pantalons – il fallait être moderne – qui, en revenant de l’école, aimaient jouer à la poupée ou à la maîtresse de maison. Avec leurs dînettes, elles imitaient à la perfection leur mère en train de recevoir, contrefaisaient sa voix et son ton posé. Par contre, leur grand frère Frédéric n’était pas sollicité pour faire l’hôte. Cet honneur revenait au chat qu’elles avaient toujours connu. Dans leur innocence, elles ignoraient son grand âge et sa fragilité. Voilà pourquoi, ces derniers jours, Sonntag les fuyait.
Mais, ce matin- là, un samedi, donc jour de congé scolaire, Sylviane avait entrepris de trouver ce compagnon afin de le faire participer à l’indémodable jeu du papa et de la maman. Elle partit en quête du chat au pelage pas aussi luisant qu’autrefois, mettant sa sœur à contribution.
- Il nous faut le trouver au plus vite, disait-elle à Liliane.
- Mais il s’est caché et bien caché, répondait la jumelle.
- J’ai demandé à Marie si elle avait vu Sonntag. Elle a dit « non ».
- Et Frédéric ?
- Pareil. J’ai même questionné Cécile et François. Ils ne savent rien.
- Tu sais, les grands sont occupés à être sérieux, à faire leurs devoir et tout ça.
- Cécile dessinait sur de grandes feuilles avec des… fusains. François était en train de traduire un extrait d’une pièce de… théâtre du Grec … Sophocle… Frédéric essayait de résoudre une inéquation à ce que j’ai compris. Tu sais ce que c’est, toi, une inéquation ?
- Non… aucune idée. Ce soir, nous demanderons à papa, voilà tout. Lorsqu’il sera rentré de son voyage.
- En attendant, toujours pas de Sonntag en vue !
- Euh… si papa n’est pas encore à la maison, le chat est peut-être allé dans la pièce qui sert de salon de musique, là-haut, à l’étage…
- Comment aurait-il pu ouvrir la porte, bécasse ?
- Je ne suis pas une bécasse ! Il est très malin, Sonntag. Il aura attendu que la femme de ménage ait terminé de passer l’aspirateur.
- Ah ? Pourquoi pas ? Allons voir !
Aussitôt dit, aussitôt fait. Les deux fillettes montèrent l’escalier avec vivacité et entrebâillèrent la porte de la pièce, de taille modeste. Tout d’abord, elles ne remarquèrent rien d’inhabituel. Le violon de leur père reposait sur la table, au milieu du meuble. Son étui était ouvert et l’archet à sa place. Près de l’étui, il y avait des partitions dont celle de la Symphonie concertante de Mozart. Mais, il manquait quelque chose… pas l’instrument lui-même, non… la grande écharpe en soie, de teinte bordeaux, qui servait à protéger le violon millésimé de l’humidité et des sautes de température.

Sylviane le remarqua la première.
- Vois ! Commanda-t-elle à sa sœur. L’écharpe a disparu.
- Tu as raison… peut-être a-t-elle glissé sous ce meuble.
La fillette désignait un secrétaire, un authentique Boulle.
Alors, à quatre pattes, Liliane regarda sous le précieux secrétaire.
- Je distingue quelque chose… mais il fait sombre là-dessous… allume l’électricité.
Sylviane poussa une chaise, grimpa dessus et appuya sur le commutateur.
- Alors ? Demanda-t-elle avec impatience. Tu as trouvé Sonntag ?
- Je crois… Mais c’est bizarre. Il ne bouge pas, ne ronronne pas… viens m’aider à le tirer de dessous le meuble.
Les deux enfants parvinrent à ramener à elles le chat, enveloppé dans la vieille écharpe en soie de Franz.
- Il dort, murmura Liliane.
- Comme toujours, ces derniers jours…
Sans comprendre qu’ainsi elle se montrait cruelle, Sylviane voulut réveiller le félin. Pour cela, elle commença à le secouer puis à lui tirer les poils. Mais le chat ne réagissait pas le moins du monde.
- Tu t’y prends mal, jeta Liliane. Laisse-moi faire.
Mais elle aussi n’obtint aucun résultat.
- Que se passe-t-il ? je ne l’entends pas respirer, gémir, pousser des petits miaulements.
- C’est vraiment… étrange. Moi aussi, je n’entends rien. Et puis, son corps est tout dur et… froid. J’ai peur !
- Trouvons maman ou Marie.
- Marie est allée faire des emplettes au supermarché. Maman est au téléphone, en bas, dans le salon.
D’un commun accord, les jumelles dévalèrent l’escalier et s’en vinrent dans le salon. Effectivement, Elisabeth téléphonait à une de ses connaissances. Elle devait prendre le thé dans l’après-midi avec l’épouse d’un député de la Chambre des Représentants. Parfaitement éduquées, les fillettes attendirent que la conversation fût achevée pour expliquer à leur mère qu’elles venaient de retrouver Sonntag.
- Il n’est pas bien, commença Liliane.
- Il ne bouge plus, il est froid et dur, compléta sa sœur.
Lisbeth comprit immédiatement. D’une voix douce, elle demanda :
- Où est Sonntag ?
- Dans le salon de musique où papa travaille son instrument lorsqu’il en a le temps.
- Il est enveloppé dans la vieille écharpe en soie…
- Oh ! Je vois. Montons.
Lorsque madame von Hauerstadt vit Sonntag, une larme coula discrètement de ses yeux.
- Les filles, Sonntag a trouvé le repos éternel. Désormais, son esprit gambade dans les prés du Paradis pour chats. Il est avec ses congénères et plus jamais il ne manquera de rien.
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Avec mille précautions, elle prit le petit corps dans ses bras et le porta jusque dans la cuisine. Le cadavre était toujours enveloppé de son écharpe.
Le soir-même, lorsque Franz fut de retour de son voyage en France, il fut accueilli par ses deux plus jeunes filles. En courant, elles vinrent réclamer une bise. Elles étaient si émues qu’elles s’exprimaient en trois langues à la fois.
- Sonntag ist gestorben, lança Liliane.
- Yes, the cat is dead, compléta Sylviane.
- Maman nous a expliqué que le chat était très vieux et que c’était normal qu’il meure, reprit la première. Oui, le chat Sonntag est mort.
- Sonntag est mort… j’ai du chagrin… Toi aussi, Vati ? Mutti a pleuré ce matin.
- Euh… Où est son corps ?
- Dans la cuisine, près de la cuisinière.
- Il était avec nous depuis si longtemps… François nous a dit qu’il était déjà là alors qu’il était bébé, fit Liliane. Tu étais bébé aussi lorsque tu l’as eu ?
- Non, non… ma mère l’avait trouvé alors que je n’étais pas chez nous, à Berlin.
Se refusant à en dire plus, Franz marcha jusqu’à la cuisine et, avisant le corps de son fidèle compagnon, s’abaissa jusqu’à lui pour le caresser avec la plus grande tendresse.
- Mein alte Freund… Mein alte Katz… pour la première fois, tu me causes du chagrin… j’ai tant de peine au cœur… oui, j’ai tant de peine que le ciel bleu de mes souvenirs s’est chargé de neige…
Malgré l’heure tardive, Franz se chargea du corps de Sonntag. Il plaça le cadavre dans une boîte en carton, une vaste boîte servant habituellement à transporter des chapeaux, et se rendant dans le jardin, sous un sycomore,
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enterra le chat, compagnon de ses bons et mauvais jours. Tant de souvenirs le rattachaient à lui ! Des images heureuses et douloureuses… des instants si fugitivement enfuis… sa mère… son père putatif… Son frère mort si jeune…
Qui pouvait comprendre ce que ressentait alors le duc ? Lisbeth, oui, sans doute… mais pas Liliane et Sylviane, bien trop jeunes, Frédéric, peut-être… Cécile… François… un peu, un tout petit peu… le cœur lourd, Franz se coucha à plus d’une heure du matin cette nuit-là. Elisabeth ne lui fit aucun reproche, communiant avec son chagrin.
*****
Lorsque la dernière scène tournée du feuilleton fut mise en boîte, Pierre et Daisy Belle ne purent s’empêcher d’applaudir la prestation du chat Ufo. En effet, pour une fois, l’animal familier du Superviseur de l’Agartha avait commis une prestation digne d’éloges sans se faire prier le moins du monde. Pas un caprice, pas un miaulement, pas un mouvement. On lui avait ordonné de ne pas bouger, eh bien, il avait obéi sans sourciller. Pas un coup de griffes intempestif vis-à-vis des deux fillettes qui, pourtant, l’avaient abondamment manipulé. Les deux apprenties comédiennes étaient les enfants de Brelan d’as, la jeune Camille et sa copine, Steffi, la deuxième fille d’O’Rourke et de Veronika, la mère porteuse.
Comprenant qu’il était félicité pour son attitude, Ufo daigna sortir de dessous son écharpe de soie. Puis, toujours comme s’il n’était pas concerné le moins du monde, il commença une toilette méthodique en se léchant les pattes, d’un air de dire, causez toujours, je n’en ai rien à faire.
Toutefois, Renate, la scripte lança à l’assistance :
- Euh… je crois que ce chat mérite une récompense, non ? Qu’en pensez-vous ?
- Une récompense ? Laquelle ? Grommela le réalisateur Henri Verneuil.
- Une gourmandise, un supplément de nourriture, émit Violetta qui avait supervisé Ufo. Il aime bien le thon…
- Pourquoi pas des ortolans pendant qu’on y est ! Fulmina Craddock. Ou du caviar !
- Tiens, c’est une fameuse idée, là, capitaine, reprit l’adolescente comme si elle n’avait pas saisi la pique du Cachalot de l’Espace. Bon, je vais jusqu’au synthétiseur le plus proche et en avant pour les agapes, mon Ufo !
Cette fois-ci, le félin réagit. Abandonnant là sa toilette, il bondit sur les traces de la métamorphe et se mit à lui tourner autour jusqu’à ce que l’assiettée promise fut mise sous son museau. Ce fut tout juste si Violetta eut le temps de poser la soucoupe sur le sol. En deux secondes à peine, il ne resta plus rien du contenu, c’est-à-dire, cent grammes de caviar !
- Houlà ! Depuis combien de temps, tu n’avais rien avalé, mon chat ? Questionna l’adolescente. Au moins deux heures…
- Pas du tout, fit Daniel Lin qui venait d’arriver sur le plateau. Moins de vingt minutes. Avant de tourner cette scène, je l’avais nourri, ma nièce.
- On ne l’aurait pas cru, persifla Violetta.
- Comme si tu ne connaissais pas cet incorrigible ventre-à-pattes, ironisa le commandant Wu.
Puis, il prit sa bête familière dans les bras et le gratta sous le cou. Ufo ronronna d’aise et sourit presque.
- Son insatiable appétit est connu de tous ici, asséna Pierre. Pour qu’il reste tranquille, je lui avais donné des filets de limande.
- Moi aussi, compléta Daisy Belle.
- Aïe ! Mais, alors, tu risques l’indigestion, s’inquiéta Daniel Lin.
- Ne vous inquiétez pas, répondit Denis qui officiait sur le plateau en tant que secouriste si jamais l’un des protagonistes du tournage avait fait un malaise. Si c’était le cas, je pense que ce félin matois s’en remettrait très vite. Je ne me trompe pas, j’espère.
- A y réfléchir, non, approuva le Superviseur général.
- Mesdames, messieurs, les enfants, la pause a assez duré, ordonna le metteur en scène. Il nous faut passer à autre chose si nous voulons être dans les temps. Mesdemoiselles Steffi et Camille, vous êtes libres.
- Ouf ! Tant mieux, soupira la fille de Gaston et de Louise. Ce pantalon commençait sérieusement à me gratter.
- Tu dis vrai, opina Steffi. Je me demande comment nos ancêtres faisaient pour supporter de tels vêtements. Je les plains, les pauvres.
Tandis que les enfants sortaient du plateau et se rendaient dans leur loge pour se changer et se démaquiller, Dan El souriait intérieurement.
« Dire que Brelan et Spénéloss se sont donné le plus grand mal pour rendre ces tenues les plus confortables et les plus authentiques possible ! ».
A son tour, le commandant Wu s’éloigna, regagnant son bureau, toujours Ufo dans ses bras, bâillant d’aise et de contentement.
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Certes, Otto et Franz étaient brouillées mais leur brouille n’allait pas jusqu’à la rupture totale. Les deux hommes correspondaient épisodiquement et échangeaient des réflexions sur les avancées scientifiques officielles ou pas.
Ce fut ainsi que le premier homme dans l’espace, le Soviétique Youri Gagarine,
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voyait son exploit commenté par von Hauerstadt et mister Möll, à travers les feuillets de quelques lettres. Ni l’un ni l’autre des deux anciens amis ne semblait se réjouir de cela. Il était évident que les Germano-Américains auraient préféré que ce fait relevât de leurs compatriotes.
Toutefois, les Etats-Unis parvinrent partiellement à venger ce véritable affront avec près d’un mois de retard. Ainsi, le 5 mai 1961, Alan Shepard

réussit un saut de puce à bord d’une cabine Mercury. Le vol balistique avait duré quinze minutes vingt-deux secondes précisément.
Comme tant d’autres Américains, Otto Möll s’était rendu à Cap Canaveral et avait assisté à cette première pour la patrie d’oncle Sam. La fusée était partie de ce haut lieu en devenir de l’aérospatiale.
Mais, bien évidemment, cette nouvelle ne faisait pas la une de toute la presse internationale, loin de là. D’autres événements, bien loin des préoccupations scientifiques, s’étaient déroulés à Alger et avaient inquiété l’opinion publique française. Du 22 au 25 avril 1961, des généraux putschistes avaient tenté de prendre le pouvoir mais leur entreprise avait échoué grâce à l’allocution radio télédiffusée du chef de l’Etat, qui, en cette heure grave, était apparu sur les écrans de la RTF, vêtu de son uniforme de général de brigade, un uniforme quelque peu malmené car plissant sur la bedaine du vieil homme. De Gaulle vociféra contre le « quarteron de généraux en retraite » et appela à la résistance contre ces traitres.
Le contingent ne suivit pas les généraux rebelles. Par contre l’Algérie connut alors non l’état d’urgence, déjà en vigueur depuis 1955, mais bel et bien l’état de siège.
Cependant, le 20 mai de cette même année, la conférence d’Evian s’ouvrit. Elle connut de nombreuses vicissitudes avant d’aboutir dix mois plus tard.
Au cœur de l’été, le 13 août, Berlin se retrouva partagé en deux par le « mur de la honte ». Il s’agissait d’une nouvelle escalade dans la guerre froide. Pour la RDA, il fallait endiguer la fuite de sa population vers la RFA. Toute l’Allemagne de l’Est était donc devenue un immense camp de concentration à ciel ouvert, un camp à la dimension d’un Etat.
Mais l’OTAN n’intervint pas et laissa faire. Il n’était pas question de déclencher une nouvelle guerre, n’est-ce pas ? Les conséquences en auraient été catastrophiques.
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Pendant ce temps, dans son laboratoire isolé du Kazakhstan, Nikita Sinoïevsky, travaillant parfois plusieurs jours consécutivement sans aucun repos, avait réussi à construire un duplicata du translateur volé à ses anciens amis. Le prototype avait même daigné décollé à la satisfaction du directeur. Mais cet enthousiasme était très vite retombé car, parvenu à cent cinquante mètres d’altitude environ, l’engin était parti en vrille avant d’exploser !
Tout naturellement, celui qui coiffait les recherches de Sinoïevsky, son garde chiourme amélioré, crut à un sabotage délibéré de la part son prisonnier. En conséquence, il chargea abondamment Nikita dans tous ses rapports jusqu’à ce que ce dernier se retrouvât exilé dans une station polaire perdue dans l’Antarctique. Le physicien fut donc contraint de poursuivre ses recherches sur le déplacement temporel dans des conditions d’inconfort total.
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1356, bataille de Poitiers.
Une nouvelle fois, les archers du roi d’Angleterre Edouard III mettaient en déroute la vaillante et fière chevalerie française. Les leçons de Crécy n’avaient pas été retenues.
Pendant le combat, le souverain français Jean le Bon avait été fait prisonnier. Il fut remis avec tous les honneurs dus à son rang entre les mains du Prince Noir, le fils aîné du roi anglais.
Sous la tente princière, au-dessus de laquelle claquait au vent les fanions aux lions, les deux hommes se saluaient courtoisement.
- Sire Jehan, vous serez traité comme il se doit, comme le haut prince que vous êtes, disait en français l’Anglais avec un léger accent. Vous vous êtes battu avec la plus grande vaillance et avec fort courage, j’en conviens aisément. Mes chevaliers ont reçu, quant à eux, moult coups d’épées. N’est-ce pas, messire Philippe, poursuivait le Prince Noir à l’adresse d’un chevalier français breton qui s’était mis au service des léopards.
- Oui, sire monseigneur. Le roi de France est un rude guerrier, acquiesça le chevalier ainsi interpellé. Je recevrai de sa part avec orgueil un bout de tissu de sa cotte d’armes.
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Alors Jean se tourna vers le Breton et lui répondit avec la plus grande amabilité au lieu de le traiter de félon :
- Oh ! C’est bien volontiers que je vous offre la manche de ma cotte, chevalier Philippe.
Puis, le roi de France arracha d’un geste vif la manche de sa cotte fleurdelisée et la remit, après l’avoir embrassée, audit chevalier Philippe.
Mais qui était donc ce mystérieux guerrier breton ? D’où venait-il ?
Avec cérémonie, l’agent temporel M 22 131 X 71 344 reçut le tissu demandé. Pourquoi une demande aussi baroque de la part d’un homme du futur ? Manifestement, Michaël ou l’un de ses prédécesseurs avait un plan. Il lui fallait reconstituer dans ses moindres atomes tous les objets ayant appartenu à ce roi de France Jean II dit Le Bon. Avait-il reçu l’ordre de se faire passer pour lui ? Un ordre émanant des Douze Sages…
L’Histoire avait enregistré le fait suivant : le roi Jean mourrait en 1364 dans la force de l’âge… à moins que ce ne fût un Michaël qui s’était substitué au véritable souverain…
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20 000 environ après Jésus-Christ.
Les plaques tectoniques de la Terre se déplaçaient avec violence et rapidité. Certaines se soulevaient tandis que d’autres s’enfonçaient dans les grandes profondeurs. La température à la surface de la planète connaissait également des sautes d’humeur pour finalement atteindre des températures répulsives pour toute forme de vie.
Mais à ce tableau cataclysmique, il fallait y rajouter aussi le fait que l’axe de la Terre s’était dangereusement incliné, approchant les 37° au lieu des 22,5 de jadis.
Ainsi, la seconde civilisation post-atomique, autrement dit celle des Cyborgs, disparut dans les ténèbres, victime de toute cette manifestation de rejet de la part de Gaïa.
Or, une autre allait lui succéder dans environ cinq mille années. La Vie recherchait la conscience et ne baissait pas les armes.
Du néant, de la terre même, des êtres intelligents naquirent donc. On aurait pu les apparenter à des Mayas. Dans le langage courant en vigueur sous les Homo Spiritus, on se contentait de leur donner le nom de Néo Mayas, des ébauches d’humains ressemblant à des nains de boue.
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« … et les nains se murent », racontait une légende ayant cours quelques quinze mille ans plus tard.
Toutefois, ces Néo Mayas, comme leurs prédécesseurs, ignoraient la roue. On pouvait dire qu’un nouvel âge de la pierre avait vu le jour sur cette planète Terre tant martyrisée.
Vers l’an 30 000, ces êtres ô combien disgraciés étaient parvenus à ériger de gigantesques pyramides, des monuments qui avaient une vague ressemblance à celles d’autrefois, dressées sur le continent latino-américain aux environs de l’an mil.
Mais eux aussi, les nains de boue étaient condamnés à disparaître. C’était là le lot de toute forme de vie, la loi d’airain de l’évolution. Quoique, ici…
Les Néo Mayas se retrouveraient confrontés à des guêpes géantes,
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engendrées par le Commandeur Suprême, l’Ordinateur central de l’an 40 000, une Intelligence Artificielle qui, peu à peu, perdait patience.
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Au début de l’année 1962, Giacomo Perretti eut la douleur de perdre son épouse. Le journaliste philosophe avait fait la connaissance de sa future femme juste après la Seconde Guerre mondiale. Amoureux tous les deux, Giacomo et Maria s’étaient unis civilement en 1947.
Quelque peu effacée, jamais la brune et charmante jeune femme n’avait montré son mécontentement devant les déplacements de son mari, des déplacements qui pouvaient parfois durer plusieurs mois. Evidemment, Maria ignorait que Giacomo était en relation avec des amis qui envisageaient de modifier le passé de la Terre.
Une nuit de janvier, froide, triste, grise et sale, Maria Perretti mourut d’un infarctus imprévisible car jamais auparavant elle n’avait eu d’alerte.
Des obsèques non religieuses suivirent et la défunte fut enterrée dans un cimetière à la périphérie de Rome le 7 janvier.
Perretti avait regagné l’Italie depuis quelques mois déjà car son contrat avec la revue scientifique française était arrivé à terme depuis le 1er novembre de l’année précédente. Giacomo ne fut pas seul à suivre le convoi mortuaire. Quelques connaissances ainsi qu’Otto Möll assistèrent à la cérémonie. Von Hauerstadt, pris par d’importantes obligations professionnelles, avait toutefois envoyé non seulement ses condoléances, mais également une magnifique couronne de fleurs, des roses rouges et blanches. Sur la carte qui accompagnait les roses, Elisabeth avait glissé un mot de sincère sympathie. Elle invitait Giacomo à séjourner à Washington dès que possible.
Mais Perretti allait recevoir une bien étrange visite peu après les obsèques de Maria. Cette visite le détourna d’entreprendre le voyage vers les Etats-Unis et de retard en retard, jamais Giacomo ne se rendrait à Washington.
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