Un goût d'éternité 6e partie : Otto : 1950 (1).

 

1950


Le 5 janvier de cette toute nouvelle année, Robert Fitzgerald York s’exprimait à la fois à la radio et à la télévision, ce média encore dans l’enfance mais qui, chaque jour qui passait, faisait de nouveaux adeptes. Dans son interview, le sénateur aborda presque tous les sujets politiques de cette période, les rapports Est/Ouest, les peuples colonisés et leur devenir, le camp qu’ils devraient choisir lorsque leur indépendance surviendrait ainsi que la sauvegarde de la paix. 


- Ne nous y trompons pas, conclut-il. Il faudra bien nous y faire. Que nous le voulions ou non, que nous soyons d’accord ou pas, bientôt, à l’ONU, ce seront plus de cent trente pays qui y siègeront. Nous devrons alors accepter leurs différences. Ils seront nos égaux. Ce sera à nous de faire en sorte de vivre en bons termes avec eux. 

 Description de cette image, également commentée ci-après

Dans cette interview, dont Robert fit une tribune pour ses idées, l’homme politique n’hésita pas à faire également la publicité des idées du club pacifiste créé par son vieil ami Otto Möll. L’association gagna encore davantage en renommée lorsque les paroles du sénateur se retrouvèrent reprises dans plusieurs journaux et notamment italiens.

Le journaliste et écrivain Giacomo Perretti qui venait justement de terminer la rédaction de son premier ouvrage philosophique La Genèse des dictatures prit la décision d’écrire tout d’abord à Robert Fitzgerald York, à Otto Möll ensuite.

Pendant ce temps, Lisbeth mettait au monde son troisième enfant, Friedrich, un beau bébé de plus de huit livres dans une clinique huppée de Detroit. Toute la famille ne se tenait plus de joie. Le nouveau-né, blond comme son géniteur, les yeux noisette, suscitait l’admiration de tous. Il tétait goulument et se montrait un adorable poupon. Cécile réclamait à corps et à cris de pouvoir prendre son petit frère dans ses bras, mais, comme la fillette avait tout juste trois ans, elle se voyait refuser ce privilège alors que François était, lui, autorisé à le porter, mais sous la surveillance de ses parents.

Cependant, Franz et Elisabeth décidèrent de marquer une pause dans la délicate question de la reproduction. Après tout, c’était là une attitude amplement justifiée, la jeune femme ayant déjà mis au monde trois enfants en l’espace de cinq années. A près de vingt-quatre ans, Lisbeth avait mérité de prendre un peu de repos. Le duc se montrait compréhensif sur ce point-là et partageait l’avis de son épouse.

Alors que, quelques semaines plus tard, les von Hauerstadt effectuaient un séjour dans les Montagnes bleues, Franz reçut une missive de la part de son employeur et ami, Otto Möll. L’avionneur voulait informer le public quant aux dernières recherches conduites par sa firme. Elles concernaient avant tout la mise au point d’un véhicule révolutionnaire reposant sur la sustentation et le déplacement magnétique. Mais le jeune von Hauerstadt sut dissuader Otto, bien trop confiant et par trop naïf.

… nos progrès ne sont pas encore assez probants. De plus, avec les accidents qui se poursuivent durant le vol de nos avions touristiques, je ne pense pas que ce soit une bonne chose d’informer la presse sur ce que nous faisons dans nos laboratoires. Déjà, trois avions se sont écrasés alors que l’année débute à peine. Manifestement, ce ne sont pas des accidents. Il y a sabotage, Otto, n’en doutez pas. Pas de simples actes de malveillance provenant de quelques concurrents malhonnêtes. Derrière tous ces incidents, se dissimule un ennemi puissant. Peut-être à la solde d’un pays étranger, peut-être manipulé par celui qui avait voulu me supprimer naguère, en France… tous ces sabotages et cette campagne de calomnie que nous avons dus affronter ont leur source ailleurs… par-delà le temps, mon ami… j’y mettrais ma main au feu…

Voilà ce que répondit le jeune homme à l’avionneur. Cette missive fit comprendre à mister Möll qu’il devait se montrer encore plus prudent et ne pas pavoiser trop tôt.

Toutefois, une bonne nouvelle parvint à Franz. Il recevait enfin les premières indemnités qui lui étaient dues à propos des différentes spoliations subies par les siens durant la dernière guerre. Les sommes, conséquentes, lui permettaient en fait de ne plus devoir travailler, de ne plus recevoir un salaire mais de vivre de ses rentes. Mais le duc, qui n’avait qu’une parole, poursuivit néanmoins sa collaboration auprès d’Otto Möll.

Quant à Elisabeth, elle accueillit cet argent avec philosophie. Le Père Noël s’était manifesté et la jeune femme allait mettre à profit cette prébende inespérée. Féminine jusqu’au bout des ongles, Lisbeth se mit alors à fréquenter assidument les grands couturiers, les esthéticiennes et les coiffeurs renommés. Mais elle n’en négligeait pas pour autant son rôle de mère. Elle s’occupa également dans des ONG et seconda son mari dans la traque des nazis à travers le monde. Ce fut elle qui entra en relation avec les autorités de la IVème République afin d’obtenir tous les documents nécessaires à cette chasse. Lisbeth renoua même avec le général Kenneth Armstrong ainsi qu’avec Gaspard Fontane et, surtout, Raoul d’Arminville. Le vieil homme, heureux de ce retour en grâce auprès de son fils, décida de se rendre en personne auprès des von Hauerstadt, bien que, désormais, il approchât des soixante-seize ans.

Ce fut dans un ensemble illustrant toute la perfection du Newlook, une robe de soie lilas au col empesé et à manches courtes, aux parements en pointe et au corsage ajusté, la taille de guêpe mise en valeur par une ceinture, l’ourlet de la jupe corolle à toujours quarante centimètres du sol, coiffée d’un minuscule et mignon chapeau de paille orné de nœuds, des gants courts et des chaussures à brides et talons hauts complétant cette splendide et gracieuse tenue, que madame la duchesse von Hauerstadt s’en vint accueillir monsieur d’Arminville à l’aéroport de Detroit. 


L’ancien voleur eut toutes les peines du monde à reconnaître tout d’abord Lisbeth, à ne pas siffler d’admiration ensuite.

- Mazette, ma chère ! Vous avez embelli comme ce n’est pas possible ma bru par la main gauche.

- Chut ! Vilain flatteur. N’avez-vous pas dépassé l’âge de tels compliments ?

- Pourquoi me le rappeler aussi cruellement, Elisabeth ?

- Pardon, monsieur d’Arminville, je ne voulais pas vous blesser.

- Ah ! Madame ! Je pardonne tout à une aussi jolie femme… mais… dites-moi… ces trois magnifiques enfants sont à vous ?

- Bien sûr… François… Cécile et Friedrich…

- Dire que la première fois que je vous ai vue, vous étiez dans une situation intéressante… ainsi, je suis grand-père… trois fois…

- En quelque sorte… merci d’y inclure François…

- Evidemment, ma chère…

- Monsieur, fit alors le jeune garçon, êtes-vous réellement mon grand-père ? Pourtant, Dad m’avait dit que son père était au ciel…

- Quel petit futé tu fais, jeune homme. Quel âge as-tu, bonhomme ?

- Cinq ans, grand-père…

- Et ta sœur qui suce son pouce…

- C’est parce qu’elle est intimidée… Cécile a trois ans… et mon petit frère presque cinq mois…

- Hum… ma bru par la main gauche, vous n’avez pas chômé, je vois… mais…

- Vous ne me vexez pas, monsieur d’Arminville. Pas du tout…

- Elisabeth, vous devriez plutôt m’appeler don Luis Perenna… c’est là le nom inscrit sur mon passeport…

- Ah ! Décidément, vous êtes incorrigible !

Sur un éclat de rire, Lisbeth conduisit mister Perenna jusqu’à la limousine crème qu’elle conduisait désormais. Une Chrysler qui lui appartenait en propre.

Comme nous le voyons, madame la duchesse, soulagée des tâches ménagères, était libre de se rendre en voiture à ses rendez-vous chez son tailleur personnel ou au siège d’une des ONG auxquelles elle avait adhéré.

En France, les Malicourt, du moins Mathilde, vivaient une retraite dorée grâce aux dividendes des bénéfices de Franz. La comtesse entama la rénovation de sa propriété alors que Gérald était pris en mains par deux spécialistes de la sénilité. Bien sûr, il ne fit aucun progrès mais, du moins, son affection ralentit-elle fortement. Raoul et Gaston, quant à eux, ne tarissaient pas d’éloges dans leurs propos chaque fois qu’ils parlaient de leur neveu. Seule Lucie se montrait plus réservée. Mais la vieille fille dut en convenir : le fils d’Amélie avait le cœur sur la main. Ne lui versait-il pas une pension conséquente ? Libérée de son emploi à la poste, mademoiselle de Malicourt put mettre à profit ses loisirs pour partir effectuer un pèlerinage à Lourdes en premier lieu, à Rome ensuite.  

 

*****

 

Alors que Franz accueillait affectueusement son géniteur officieux, le scandale concernant le massacre de Dniopr refit surface. Les Soviétiques soulevèrent une fois encore ce lièvre. Ils n’eurent aucun scrupule à révéler aux populations des pays de l’Est mais également à l’Europe occidentale, régions qui n’avaient pas été touchées par l’affaire Otto de 1947, qu’un des plus grands chercheurs américains, récemment naturalisé, était en fait un ancien criminel de guerre nazi. Ledit chercheur répondait au nom de Franz von Hauerstadt. Pétard mouillé ?

Peut-être…

Parmi les agents russes qui réveillaient cette vieille histoire, sincères ou pas, allez savoir, se trouvait un membre du Parti communiste de Smolensk. Il s’agissait de Nicolaï Diubinov, alors âgé d’à peine trente-et-un ans, et promis à un grand avenir. Or, faut-il le dire, cet apparatchik avait reçu la visite d’un individu de haute taille, brun, aux tempes dégarnies, fumant entre ses lèvres un éternel cigare, doté d’yeux clairs, une fine moustache le différenciant de ses contemporains, à la silhouette sportive. Dans cet homme, nous aurons immédiatement identifié le sieur Johann van der Zelden himself.

Le richissime homme d’affaires, agitateur occulte, avait endossé avec la plus grande aisance le froc d’un habile espion de la Guerre froide. S’amusant comme un fou, il remit à Diubinov des documents trafiqués qui accablaient le duc von Hauerstadt.

Or, parallèlement, d’autres agents soviétiques lancés aux trousses de Vladimir Belkovsky, avaient décidé d’assassiner le musicien, présentement réfugié à Detroit. Ainsi, la capitale de l’automobile, devenait à son insu une plaque tournante dans ce jeu d’échecs temporel.

Les sens en alerte, le concertiste se sentait traqué. Il croyait voir des fonctionnaires du MVD partout, dans l’ascenseur de son hôtel, déguisés en liftier, dans le livreur de lait, camouflés en vendeur de journaux et ainsi de suite. 

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Le 27 mai 1950, après avoir déclaré à Otto qu’il se savait poursuivi par les sbires de Staline, le musicien se décida enfin, mais imprudemment, à demander la protection de l’Etat fédéral et du gouverneur du Michigan en particulier.

Phobie ? Réalité ?

Un incident vint justifier les craintes de Wladimir : la Buick Roadmaster du chef d’orchestre, une lourde automobile noire aux pare-chocs agressifs, fut proprement mitraillée de la hauteur d’une fenêtre du quinzième étage d’un immeuble d’une rue centrale de Detroit, alors que Belkovsky conduisait lentement. Du jamais vu depuis l’époque de la prohibition !

 Buick Roadmaster

 Les tirs semèrent la panique parmi la foule. Tandis que les témoins malgré eux de cette fusillade se couchaient à même les trottoirs afin d’échapper aux balles perdues, Wladimir s’en sortit presque indemne. Il ne fut qu’éraflé au bras gauche. Manifestement, son heure n’était pas encore venue. Tremblant de peur, il alla chercher refuge chez Franz von Hauerstadt, sachant pertinemment que le jeune homme n’avait pas froid aux yeux et qu’il savait se défendre. Ne se déplaçait-il pas toujours armé ?

Lorsqu’il frappa à la porte du domicile des von Hauerstadt, quelle ne fut pas la surprise du concertiste de voir devant lui un noble vieillard, portant beau encore, et élégamment vêtu d’un complet trois pièces en lin ?

- J’ai dû me tromper, bafouilla Wladimir dans un anglais maladroit.

- Mais non, monsieur Belkovsky, jeta Raoul en français d’un ton gouailleur.

- Vous me connaissez ?

- Bien évidemment. Il y a quelques années, j’ai assisté à un de vos concerts. Mes oreilles se souviennent encore avec ravissement de votre prestation remarquable… c’était à Paris, à la salle Gaveau… 

Description de l'image Salle Gaveau, 47 rue La Boétie, Paris 8e 3.jpg.

- Hum, cela fait longtemps, monsieur… ?

- Vous êtes un ami de Franz ? Un ami fiable ?

- Oui…

- Dans ce cas, je me nomme Raoul… d’Arminville…

- Euh… bafouilla alors Wladimir… je… vous pensais…

- Défunté, mon cher ? Eh bien, vous aviez tort ! Je suis bien en vie et je me porte comme un charme…

- Je… n’en reviens pas… mais… Comment connaissez-vous Franz von Hauerstadt ?

- Cela ne vous regarde en rien… pardon de me montrer aussi brutal… disons que cela remonte à loin, très loin… je suis en quelque sorte un ami de la famille… ah… mais voici que Lisbeth s’amène… ma chère, je vous présente Wladimir Belkovsky… j’ignore pourquoi il vient nous rendre visite ainsi sans se faire annoncer… peut-être à cause de cette vilaine estafilade au bras gauche ? Ma parole, on dirait que l’on vous a tiré dessus, monsieur le musicien.

- Monsieur Belkovsky… vous auriez dû tout d’abord passer par un hôpital… entrez donc au lieu de rester ainsi figé sur le seuil. Je vais voir ce que je peux faire pour votre blessure…

- Merci, madame.

- Installez-vous dans le salon. Prenez vos aises. Je reviens bientôt avec tout le nécessaire…

- Votre mari n’est pas là ?

- Il ne saurait tarder… chaque soir, il fait quelques exercices de tir et un peu d’entraînement au close combat…

- Bigre ! Vous m’aviez caché cela, belle-fille, siffla Raoul entre ses dents.

Heureusement, Wladimir ne releva pas les propos du sieur d’Arminville. Il se contenta de s’asseoir sur le divan du salon alors que Cécile et François jouaient à monter un puzzle sur lequel figurait une scène du DA Pinocchio.

 

*****

 

Lorsque Franz fut de retour chez lui, il ne marqua pas sa surprise d’y voir Wladimir, le bras bandé. Cependant, le musicien, guère prolixe habituellement, conta avec forces détails sa mésaventure. Raoul, qui comprenait fort bien l’allemand, ne perdit pas une miette de ce récit presque lyrique dans la bouche du concertiste.

- Ainsi, maintenant, c’est vous qui êtes devenu la cible de nos ennemis occultes, soupira le jeune duc.

- Hem, toussota d’Arminville. J’aimerais comprendre à quoi vous faites allusion, mon garçon. De quels ennemis occultes est-il question ici ? Des Soviétiques ? 

 

- Assurément, mais manipulés…

- Ah ! Décidément, vous n’êtes pas décidé à m’en révéler davantage, Franz… je suis persona non grata…

- Pas du tout, monsieur Raoul… mais… cette histoire est beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraît… moi-même, je n’ai pas tous les tenants et les aboutissants…

- Mon petit, je ne suis pas idiot… peut-être l’âge m’a t’-il rendu assez lent à la comprenette mais j’en ai vu durant toute ma longue existence… Rien ou presque ne peut donc me surprendre…

- Franz, souffla Elisabeth… je crois que nous pouvons accorder notre aval à monsieur d’Arminville. Il est digne d’entendre notre secret… Monsieur Belkovsky également…

- Mais ce ne sont encore que des suppositions, nullement corroborées par des preuves, objecta von Hauerstadt.

- Je suis certaine que tous ces accidents, l’attaque dont tu t’es sorti sans dommage il y a quelques temps, tout cela est lié à ce dont nous avons été témoins en France avant la Libération… alors, je te demande de tout dire…

- Eh bien, soit, répondit Franz comme à regret. Notre secret va se transformer en publicité à la Une du Post bientôt !

Avec douceur, articulant chaque mot, le jeune duc s’expliqua, remontant à ces années sombres où il portait encore son uniforme de lieutenant-colonel de la Wehrmacht. Raoul et Wladimir l’écoutèrent sans piper mot, presque ébahis par ce qu’ils apprenaient et entendaient.

Lorsque von Hauerstadt eut achevé, Wladimir lança :

- Je n’en reviens pas… Je me croirais dans un de ces récits de science-fiction… mais pourtant, vous devez dire vrai…

- J’ai bien des défauts mais le mensonge n’en fait pas partie, reconnut Franz avec un léger sourire.

- Mon garçon, se permit de répondre Raoul d’Arminville, moi aussi, j’ai un secret… il remonte à 1925… un soir de juin… où j’étais l’un des invités de monsieur et madame van der Zelden… normalement, je n’aurais pas dû conserver le souvenir de ce qui advint cette nuit-là, mais… j’ignore comment et pourquoi, il me reste des bribes, des images de ce qui fut et ne fut plus…

- Ouille ! S’écria Lisbeth. C’est moi qui ne saisis plus, monsieur d’Arminville.

- Hmm… Une mémoire double, en quelque sorte, hasarda Franz, les yeux pensifs… dans un macro Univers quantique, c’est logique…

- Oui, bon… Si vous commencez à user d’un jargon scientifique, je suis fichu, ironisa Raoul. Mais, puis-je vous raconter ce qui se passa cette fameuse nuit ?

- Volontiers, opina Lisbeth.

- Si cela peut nous éclairer, grommela Wladimir en essayant de trouver une pose plus confortable sur le divan.

Ayant obtenu l’accord de son public hautement choisi, Arsène narra donc ce dont il se souvenait, comblant les blancs avec habileté.

- A combien ce récit est-il véridique ? Questionna Elisabeth lorsque monsieur d’Arminville eut terminé.

- Oh… à quatre-vingt pour cent, ma bru.

- Est-ce cela qui vous a poussé à ne pas me perdre de vue ? A venir me voir en décembre 1944 ? Demanda Franz d’une voix mesurée.

- Oui, mais aussi par devoir, Franz, par amitié aussi, en mémoire de madame Amélie de Malicourt…

Wladimir, saisissant qu’il devait faire semblant de ne pas avoir compris quels sentiments avaient unis Raoul d’Arminville et la mère de son hôte choisit de ne pas relever les propos de cet individu étrange et aventurier sur les bords. 

Après quelques minutes de mise au point, le duc von Hauerstadt proposa au musicien de passer la nuit chez lui. Heureusement, sa villa était assez vaste et disposait d’assez de chambres pour accueillir à la fois son géniteur, son ami Belkovsky et sa petite famille. Dès le lendemain matin, Otto serait mis au courant de ce qui était arrivé au Polonais, oui, mais en sus, saurait que Raoul avait également flirté avec le fantastique…

 

*****

 

Le 25 juin 1950, la guerre de Corée débutait et les Etats-Unis s’y engageaient dès le 27 du même mois. Ce nouveau conflit fut interprété comme la lutte contre l’impérialisme des Rouges, que William O’Gready appelait les sales Reds. Le militaire brûlait d’impatience. Il voulait participer aux combats qui s’annonçaient. 


Son souhait fut vite exaucé puisqu’un mois plus tard notre officier, belle machine à tuer mais peu de cervelle, se retrouva sur le front. Selon lui, il allait se couvrir de gloire. Franz, lorsqu’il apprit la nouvelle, se dit que, décidément, la Seconde Guerre mondiale et les années qui venaient de s’écouler n’avaient guère eu d’effet bénéfique sur lui. Il restait toujours aussi sot et fonceur.

Quant à Otto, son attitude envers son ami était, bien sûr, toute autre.

- Bill aurait dû faire valoir ses droits à la retraite, confia-t-il au duc un matin alors que tous deux prenaient un café dans les bureaux de la Flying Power. Comment va-t-il pouvoir s’en tirer dans ce conflit qui n’est pas un conflit classique ? Franchement, parfois, je n’arrive pas à le comprendre ! Il est parti rejoindre son affectation le sourire aux lèvres et le cœur joyeux.

- William a toujours aimé se battre. C’est à la fois une bête de guerre et un chanceux. Croyez en sa baraka, mon cher. A ma connaissance, jusqu’à maintenant, il s’est toujours sorti des pires situations avec brio.

- Hem… pardonnez-moi, Franz, vous ne semblez pas vraiment préoccupé par ce qui peut arriver à notre ami commun. Encore ce différend entre vous deux ? Bon sang ! Vous êtes adulte et lui aussi. Alors, oubliez donc votre rancœur.

- Mais, Otto, elle est oubliée depuis longtemps. Cette facture est enterrée… brûlée…

- Entendu. Mais je vous sens soucieux… à cause de ce qui est arrivé il y a peu à Wladimir ?

- Certes oui, mais il n’y a pas que cela.

- Alors, ce sont ces odieuses campagnes de calomnies menées contre vous dans la presse européenne à propos de votre passé en Russie.

- Un iceberg, un phénix qui renaît sans cesse de ses cendres. Tous ces médias qui sont manipulés, instrumentalisés par un obscur ennemi qui ne vit pas même à notre époque… Honnêtement, j’aimerais bien que l’un des donneurs d’ordres d’Antoine Fargeau se manifeste enfin.

- L’un des donneurs d’ordres… mais qui ?

Sur cette question laissée sans réponse, les deux chercheurs vidèrent leur tasse et reprirent le chemin des labos.

 

*****

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