Un goût d'éternité 7e partie : Anna et Giacomo : 1966 (2).

 

Janvier 1966. 

Ravensbourg 

A Ravensburg, la police fédérale, chargée de l’enquête concernant la mort d’Otto Möll, avait tenté vainement d’élucider le mystère de son assassinat. Elle avait demandé à Dietrich, le fils aîné de rester à la disposition des autorités. Cela n’arrangeait pas du tout l’employé de Georgios Athanocrassos, contraint de demeurer en Allemagne pour un temps indéterminé. Quant à Anna -Eva et à Patricia, elles avaient pu rejoindre les States à leur grand soulagement. L’épouse de Dietrich avait plaidé les contraintes liées à la scolarité de ses trois enfants.

Patricia, déjà treize ans et demi, était une adolescente sérieuse, assez froide, trop sévère aux yeux de ses parents, avec une pointe de snobisme dans sa façon de se vêtir et de s’exprimer. Elle obtenait d’excellents résultats en mathématiques, histoire et géographie. Elle parlait couramment l’espagnol et possédait quelques connaissances en allemand. Stephen était tout le contraire de sa sœur aînée. Dix ans au compteur de la vie, il passait tous ses loisirs ou temps libres à pratiquer différents sports, à jouer ou à faire des niches à Pat ou à Franck. Toutefois, ses notes excellentes laissaient envisager un parcours scolaire secondaire et supérieur des plus brillants. Quant au benjamin de cette fratrie, huit ans et demi, il peignait des maquettes d’avions, des jets le plus souvent. Il avait déjà décidé que plus tard, il serait pilote dans l’US Air Force. 

 Image illustrative de l’article United States Air Force

Le ménage Athanocrassos séjournait également à Ravensburg, la police, allez savoir pourquoi, soupçonnant le banquier d’être mêlé plus ou moins directement à la mort d’Otto Möll. Peut-être était-elle au courant des déboires de l’ex-baron avec Georgios.

Les Athanocrassos étaient descendus dans un hôtel de luxe hors catégorie tandis que Dietrich Möll s’était montré plus modeste en optant pour une auberge aux chambres confortables et à la solide nourriture. Craignant de perdre sa place, l’employé avait été rassuré par son patron. Comme de bien entendu, Dietrich ne croyait nullement à la culpabilité d’Athanocrassos dans la disparition de son père.

La petite ville de Ravensburg était troublée par la présence des policiers venus de Bonn,

 Bonn

 ceux-ci circulant de jour comme de nuit dans les rues, ruelles, avenues et la propriété du défunt mort dans des circonstances qui faisaient jaser les curieux et emplir des pages et des pages à une presse pas trop regardante quant à la teneur de ses articles. Les bruits, les rumeurs les plus invraisemblables couraient mais personne n’était à même d’envisager comment Herr Möll avait en fait été assassiné.

Hormis les curieux, les policiers, les espions de toutes sortes, il y avait aussi dans la paisible bourgade Humphrey Grover, le sous-secrétaire de l’ambassade des Etats-Unis au Vatican. Dans cette liste, il ne faut pas oublier non plus Richard van der Zelden, convoqué lui aussi par la police. Evidemment, Richard ne pouvait rien avouer, il n’était au courant de rien. Il avait des alibis solides pour la date du décès d’Otto Möll.

Herr Kart, l’inspecteur principal chargé de l’enquête, suivait plusieurs pistes, faisait flèche de tout bois, mais sans résultat probant. Il avait interrogé Giacomo Perretti, ami du défunt, mais n’avait pas cru les dires du journaliste italien. Les déclarations de l’outre-cisalpin lui apparaissaient fantaisistes et délirantes.

- Monsieur, avait proclamé avec assurance Giacomo, mon ami Otto est mort assassiné par son automate, une mécanique assemblée au XVIIIème siècle par le célèbre Antonio della Chiesa, honorable chercheur et philosophe napolitain. 

 La Joueuse de tympanon en France

- Un automate ? Quel automate ? s’était écrié l’inspecteur Kart. Mes hommes et moi-même n’avons trouvé aucun automate dans la propriété de Herr Möll. Et pourtant, nous avons fouillé partout, dans le moindre recoin. Rien ne nous a échappé. Seriez-vous en train de vous moquer de moi ?

- Monsieur l’inspecteur, je vous assure que cet automate existe bel et bien. Du moins, était-ce le cas encore en décembre. Voyez… j’ai moi-même aidé Otto à le réparer.

- Hum… Si vous insistez à dire que cet automate est l’assassin, eh bien, vous vous enfoncez, Herr Perretti.

- Mais… pas du tout ! A mon avis, il a dû être trafiqué par un des hommes de mains du sieur Johann van der Zelden.

- N’importe quoi. Ledit Johann n’a, pour l’heure, pas encore dix ans ! Certes, il est le fils de Richard van der Zelden, mais celui-ci dispose d’alibis solides. Je le lave donc de tout soupçon.

- Je ne fais pas allusion au Johan de maintenant, monsieur l’inspecteur, mais à celui du futur ! Or, dans les années 1990, c’est-à-dire dans une trentaine d’années, Johann van der Zelden sera le plus puissant et le plus riche homme d’affaires de sa génération.

- Monsieur Perretti, je crois que vous avez perdu la raison et ce, depuis longtemps, s’emporta Herr Kart. Si je vous écoute encore, vous allez mêler les extraterrestres dans cette histoire, les martiens, les vénusiens…

- Je vous jure que j’ai toute ma tête. Moi seul vois clair ici. La preuve ? Tenez cette lettre. Lisez-la. Elle émane du duc von Hauerstadt. Vous n’allez pas douter de la raison de celui-ci, n’est-ce pas ? Là, dans cette page, il écrit de se méfier de l’automate. Il conseille à Otto de ne plus l’activer et de l’enfermer dans le grenier, la porte solidement close. De plus, Franz m’a confié la mission d’élucider la disparition de la mécanique. Elle a été certainement escamotée par le Commandeur Suprême ! 

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- C’en est trop, monsieur Perretti. Vos mettez ma patience à bout. Cessez vos délires. Un automate assassin qui disparaît sa mission accomplie, programmé soit par Johann van der Zelden, le Johann des années 1990, ou encore par un certain Commandeur Suprême… De quel mauvais roman vous êtes-vous inspiré pour me raconter de telles inepties ? Ah ! vous me décevez, monsieur le journaliste. Je vous prenais pour un doux dingue, un déséquilibré qui ne ferait pas de mal à une mouche. Mais vous êtes dangereux dans votre paranoïa. Vous me faites perdre un temps précieux. Lothar va vous reconduire. Remerciez-moi de ne pas ordonner votre enfermement pour quelque maison de repos.

Giacomo eut beau protester de sa bonne foi et de tout son entendement, il fut jeté hors du commissariat manu militari.

Les jours s’écoulèrent sans apporter l’élucidation de l’assassinat d’Otto Möll. Dietrich fut enfin libre de regagner les Etats-Unis. Quant à Archibald, il resta encore dans la petite ville si typique de ce Wurtemberg qui semblait figé dans le temps d’avant la Grande Guerre. Le fils cadet de l’ex-avionneur croyait en la véracité des allégations de Giacomo Perretti. Il s’agissait là d’un renfort de poids pour l’Italien.

Au fait, il est bon de savoir que, lorsque Anna-Eva avait regagné les Etats-Unis avec sa fille Pat, un dénommé Adrian était assis juste devant elles. Il s’agissait d’un individu fort bien habillé, d’une élégance rare. Durant le voyage, il avait pu échanger quelques mots polis avec la jeune femme. Après l’atterrissage à Kennedy Airport,

 L'aéroport en 1962.

 il s’était montré empressé en aidant les deux voyageuses à retrouver leurs bagages. Mieux, il avait hélé pour elles un taxi qui devait les conduire jusqu’à La Guardia, où, là, elles prendraient un vol intérieur. L’inconnu avait reconnu être un homme d’affaires d’origine européenne qui s’était rendu aux States pour conclure la signature d’un contrat concernant l’import-export de produits agricoles.

Beau mensonge en vérité. Le prénommé Adrian surveillait de près tout ce qui touchait aux Möll. C’était pourquoi il avait choisi de pister Anna-Eva. Si on vous dit qu’il s’agissait de l’Ennemi, on ne vous surprendra pas. Perte de temps ? Non, pas vraiment. Cette excursion, cette détente puisqu’il faut l’appeler ainsi, aurait de grandes conséquences pour Johann et pour Anna-Eva.

Archibald avait cru les déclarations de Giacomo Perretti concernant la présence d’un automate, assassin supposé de son père. Il s’agissait là d’un renfort de choix pour l’Italien. Les deux hommes, d’un commun accord eurent l’idée de passer en revue tous les étrangers séjournant à Ravensburg depuis le décès d’Otto Möll. De fait, ils n’étaient pas si nombreux. Ainsi, la présence d’un certain Humphrey Grover leur parut des plus suspectes. Le plus discrètement qu’ils le purent, ils suivirent les traces du bonhomme jusqu’à Stuttgart, ignorant naturellement qu’ils avaient affaire à un individu des plus dangereux, capable de jouer au chat et à la souris, sachant pertinemment qu’il était pisté par les deux nouveaux amis.

Ce fut pourquoi, Giacomo et Archibald perdirent ledit Humphrey dans le centre de la ville comme si ce dernier s’était subitement évaporé. En réalité, les pisteurs se retrouvèrent suivis à leur tour avec une facilité déconcertante. Mais ils n’en eurent pas conscience.

Ce fut dans les environs de l’immense tour de la télévision, s’élevant à deux cent onze mètres, que le clone du Commandeur Suprême prit sa décision. Alors qu’il venait d’acheter à un marchand ambulant un hot dog et un cornet glacé à la fraise, tout en faisant semblant de lire un quelconque journal, il suivait des yeux ses deux prochaines victimes à une distance de deux cents mètres environ avec une facilité déconcertante. Le quotidien titrait en gros caractères sur le départ de la France du commandement intégré de l’OTAN. Nous étions le 10 mars 1966 et le journal rapportait des faits survenus la veille. 

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Alors, soudain, l’invraisemblable survint sans signes avant-coureur. La tour se mit à trembler et commença à s’effondrer mettant en danger les touristes, les passants et bien évidemment ses occupants à l’intérieur.

Mais le succédané du Commandeur Suprême avait fait preuve d’impétuosité dans son action. Il visait Giacomo et Archibald. Tant pis pour les nombreuses victimes collatérales. N’assistant pas jusqu’au bout à l’incroyable catastrophe, il s’était hâté de regagner son hôtel de son pas chaloupé caractéristique.

Or, en l’an 40 120 ou une date assimilée, les S s’étaient rendus compte qu’une harmonique temporelle non désirée s’était enclenchée à Stuttgart, en plein centre de l’agglomération, le 10 mars 1966. Ne perdant pas leur sang-froid, ils programmèrent à l’accéléré un agent temporel, le M 22 140 X 71 037 ayant pour mission d’enrayer l’harmonique folle alors que l’imposant et remarquable édifice était déjà à moitié écroulé et que l’on comptabilisait déjà une vingtaine de victimes. Giacomo et Archibald, assommés, gisaient sur le sol, les tempes ensanglantées. 

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Mais, bientôt, tout se remit en place, telle une aquarelle épongée avec soin. L’Italien et l’Américain n’avaient rien, personne n’avait été blessé puisque le bâtiment ne s’était pas effondré.

Sa mission accomplie, le Michaël rejoignit son année d’origine, attendant de nouvelles directives.

Quant au Commandeur Suprême, dans sa chambre d’hôtel, il sut ce qui venait de se passer, l’intervention des S.

- Je me suis manifesté un peu trop tôt, pensa-t-il avec philosophie. J’ai pris le risque d’alerter ces S gâteux et pas si obsolètes en fait. Laissons donc Archibald et Giacomo tenter de me retrouver et gagnons instantanément Rome où un certain cardinal m’a donné rendez-vous.

 

*****

2 août 1995.

Le Michaël qui nous est familier était de retour de son escapade involontaire chez les dinosaures de l’ère jurassique. Seattle, comme il avait été escompté par l’Ennemi, avait subi l’ire atomique en juillet. Chaque jour, les autorités comptabilisaient de nouveaux décès dus aux terribles radiations. La ville était devenue l’archétype de l’enfer sur ce monde livré aux humeurs destructrices de gouvernants frappés de folie.

Sans aucune logique, le président américain Malcolm Drangston accusait l’agent temporel d’être responsable de cet état de fait. C’était pour cela que Michaël se retrouvait une fois de plus en train d’être interrogé par des inspecteurs de la CIA, des agents à qui on ne la faisait pas. S’il avait accepté de se rendre à l’invitation des agents de l’Etat, c’était pour épargner des ennuis à Stephen. Il ne désirait pas que ce dernier se retrouvât emprisonné dans une prison secrète quelconque.

- Vous n’avez pas fait votre boulot, lui jeta un Texan hargneux. Deux millions de personnes sont mortes à cause de vous, parce que vous avez pris votre mission de surveillance et de protection par-dessus la jambe !

- Ah ! Soupira l’agent temporel. Décidément, la logique des Homo Sapiens me dépasse malgré mon séjour parmi eux. Pendant de longs mois, votre Président m’a accusé de détourner les missiles américains ou alliés de leurs cibles et, ainsi, de sauver un adversaire haï et dangereux. Lorsque j’ai fait de même sur le territoire des Etats-Unis avec les missiles soviétiques ou assimilés, on m’a encensé abondamment. Les louanges pleuvaient et pleuvaient. Certaine presse people m’a même surnommé le sauveur venu des étoiles. Ridicule ! J’avais cru, à tort apparemment, que Malcolm Drangston avait fini par comprendre que j’étais là tout simplement pour sauver l’humanité d’un suicide trop précoce. Cependant, il est vrai que j’aurais dû prendre garde à la comprenette limitée de votre commandant en chef ! tous, vous oubliez de saisir combien ma tâche est immense. Bon sang ! A moi tout seul, je renouvèle le mythe de Sisyphe. Vos ressources paraissent illimitées puisque vous produisez et produisez encore et sans cesse des missiles… bref, non seulement vous voulez vous anéantir mais aussi, vous cherchez à vider la planète Terre de toutes ses ressources. Tant pis pour les survivants, les générations futures ! Quelle fuite en avant ! Si vous voulez savoir pourquoi j’ai « failli », c’est parce que je me suis retrouvé coincé quelque part en plein cœur Crétacé. Je ne m’en suis pas sorti par un coup de baguette magique. Pendant mon absence, oui, je le reconnais, des missiles chargés de têtes nucléaires ont échappé à mon contrôle. Etait-ce bien ma faute ? Ces engins de mort venaient de nulle part ! Surgis instantanément d’un instant passé ou d’une séquence future. Etes-vous à même de comprendre toute la signification de ce que je suis en train de dire, au moins ? Les Soviétiques sont parvenus à mettre au point des missiles inter-temporels. Sans que je leur fournisse les plans du translateur. Je ne les ai pas aidés. Je n’ai pas trahi. Mais quelqu’un d’autre oui. Et ce n’est pas le professeur Stephen Möll. Cherchez en direction d’un très haut personnage, bien placé, qui a ses entrées partout, aussi bien dans le bureau ovale qu’au Kremlin… mais, bien sûr, vous vous refusez à voir les évidences.

- Vous racontez des mensonges, monsieur Michaël. Votre raisonnement est empli de failles. Tous les rapports vous concernant disent que vous possédez le don d’ubiquité.

- Il ne faut pas exagérer. Je ne suis pas le Grand Ordonnateur, mon cher.

- Si Seattle a été détruite, poursuivit son accusateur d’un ton dur, c’est parce que vous l’avez voulu. Pour vous, c’était écrit, c’était un fait historique appartenant à votre passé. Donc, vous nous trahissez… au profit de ces enfoirés de Soviétiques ! 

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- Combien de fois faudra-t-il que je vous le répète ? Je ne trahis personne. Vos affaires ne me concernent pas. Je ne suis ni Américain ni Russe. Ecoutez-moi. Je vous donne charitablement un ultime conseil : enquêtez plutôt sur un certain homme d’affaires, richissime à un point tel qu’il pourrait acheter vingt planètes Terre sans peine. Tour à tour, il est un faucon républicain ou une colombe pacifiste, démocrate patenté certifié. Il arme sans remords aucun les troupes américaines aussi bien que les soldats du bloc de l’Est. Oh ! Un sourcil se soulève. L’individu en question est protégé au-delà de tout entendement. Si jamais le dénommé Johann van der Zelden tombait, votre Président ne resterait pas même une femto seconde de plus à son poste. Mais je ne peux rien prouver, hélas ! Donc Malcolm ne court aucun risque présentement. Ledit Johann non plus. Vous croyez que je puis être partout à la fois… ce n’est qu’une apparence. En fait, il vaudrait mieux parler de… trucage temporel. Dernièrement, pour sauver mon existence, je me suis retrouvé dans l’obligation de me démultiplier à des centaines et des centaines d’exemplaires, sous l’ère des grands reptiles. Voilà une expérience mémorable à laquelle, pourtant, je ne souhaite pas vous voir être confronté un jour. Ces êtres primitifs, monstrueux et terrifiants que vous devez désintégrer, annihiler afin de ne pas être anéanti vous-même… cette faune hostile, cette flore qui l’est à peine moins… en y réfléchissant, je crois bien être à l’origine de la disparition des dinosaures… certes les trappes du Deccan m’y ont un peu aidé ainsi d’ailleurs qu’une certaine météorite, mais tout de même… bref, j’ai commis, là-bas, aux ères Trias, Jurassique, Crétacé, un véritable carnage… Brrr… je m’en veux encore. Mais on ne m’avait guère donné le choix…

L’interrogatoire se poursuivit encore de longues heures, sans succès pour les agents de la CIA et de la NSA. Le Texan, mécontent, on le serait à moins, dut se résoudre à relâcher Michaël Xidrù, sans qu’il fût suivi, c’était tout à fait inutile puisque l’Homo Spiritus était capable de se « téléporter » instantanément n’importe où et n’importe quand sur la planète.

 

*****

 

Stephen Möll, le Stephen de 1995, avait décidé de se rendre en 1966 afin de protéger son oncle Archibald. Il désirait également l’aider quelque peu dans son enquête concernant la mort étrange d’Otto. En effet, Michaël venait d’expliquer au professeur que l’un de ses prédécesseurs était intervenu et avait sauvé la vie d’Archibald Möll et de Giacomo Perretti alors que ces derniers avaient suivi les traces d’un individu suspect jusqu’à Stuttgart. Les faits remontaient au 10 mars 1966. Mais ce n’était pas un problème pour Stephen puisqu’il disposait librement du translateur. Le chercheur n’avait pas l’intention de dévoiler sa véritable identité aux deux hommes. Il comptait sur son déguisement d’agent de la CIA pour cela. Ce fut sous son aspect grimé qu’il se présenta un après-midi à Ravensburg. Il fut reçu les bras ouverts par Giacomo, heureux de voir qu’on le prenait enfin au sérieux.

Après maints échanges, Archibald, l’Italien et le pseudo-agent de la CIA parvinrent à reconstituer précisément les circonstances de l’assassinat d’Otto Möll. Le tout prit tout de même trois semaines. Stephen avait pu établir le déroulement du crime, ce, malgré la disparition de l’arme exotique.

Giacomo n’était pas un enfant de chœur. Il avait reconnu le petit-fils de son ami malgré son déguisement qui frisait la perfection. Mais il n’en dit rien. Glabre, le cheveu coupé en brosse, il arborait un de ces costumes banals à cravate étroite de l’époque. Rien ne le distinguait d’un employé de bureau ordinaire à la manière d’un Jean-Pierre Stevens de Ma Sorcière bien-aimée.

Description de cette image, également commentée ci-après 

 Il fallait qu’il passât incognito, quoi de mieux que l’allure anodine d’un col blanc ? Un grimage léger avait modifié ses traits mais pas suffisamment aux yeux du journaliste. Il avait pris soin de mettre des lentilles colorées pour modifier la couleur de ses iris. Or Giacomo avait la mémoire des physionomies et il n’y avait que six ans qu’il n’avait vu Stephen Möll. Ledit Stephen n’avait pas la faculté de modifier et sa taille et sa silhouette.

D’autre part, notre journaliste transalpin qui se targuait d’ésotérisme, avait tout autant compris que le professeur américain le sort dévolu à l’automate sa mission achevée. Sa destruction relevait de l’évidence. Bien que son séjour en 1966 n’eût pas été inutile, Stephen se contraignit à regagner l’année 1995. Il avait acquis la certitude que le donneur d’ordres était le Commandeur Suprême. Quoi de plus simple que de commander un androïde à distance temporelle ? Johann avait été l’interface entre l’Ordinateur et la pseudo-machine du Siècle des Lumières. Les deux prophéties pastiches de Nostradamus,

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 les déclarations de Perretti et l’échange épistolaire entre Otto et Franz corroboraient la conviction du petit-fils. Cependant, il était reparti pour L.A. la rage au cœur, décidé à avoir une explication avec Michaël, un Michaël qui devrait trouver de bonnes raisons à sa non-intervention afin d’empêcher l’assassinat d’Otto. Le prêchi-prêcha du respect du cours de l’histoire ne fonctionnait plus. Le ton professoral de l’Homo Spiritus était bon pour un adolescent, plus pour lui. Il n’était plus aussi naïf qu’au commencement de cette aventure.

 

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