Un goût d'éternité 7e partie : Anna et Giacomo : 1966 (1).
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180 après Jésus-Christ, sans doute le 17 mars. Vindobona.

L’Empereur Marc Aurèle se mourait de la peste. Depuis plusieurs heures, il avait sombré dans l’inconscience. De nombreux médecins, attachés au princeps, s’affairaient autour du moribond, ordonnant des remèdes contradictoires.
Le corps du César frissonnait de fièvre et il éprouvait des difficultés à respirer. On percevait distinctement son souffle irrégulier.

Mais voici que l’Empereur semblait miraculeusement sortir de son inconscience. Ouvrant grand ses paupières, il se mit brusquement à parler d’une voix monotone, comme cassée, possédé, apparemment, par quelques esprits d’outre-tombe. Or, le Prince s’exprimait dans un langage tout à fait incompréhensible pour cette époque, une langue anachronique.
Doué soudain du don de double vue, Marc Aurèle prophétisait tandis que ses yeux rougis voyaient on ne savait quoi.
« La foudre de Jupiter sera brandie par les Barbares venus du Septentrion. Alors, les colonnes d’Hercule seront submergées tandis que la Numidie sombrera dans les profondeurs de la Terre. L’Etoile Sirius se décrochera du ciel pour tomber sur le mont Olympe, chassant ainsi les dieux de la surface du monde. Ils fuiront et personne ne les reverra jamais plus.
Du fin fond des royaumes barbares, des myriades et des myriades de sauterelles s’abattront sur les contrées abandonnées des dieux protecteurs, toutes celles connues et toutes celles encore à découvrir. La sagesse sera oubliée et la raison impuissante car seules la colère et l’hydre de la vengeance gouverneront le cœur des hommes. La haine imprégnera tous les êtres pensants et Jupiter pleurera.
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Oui, Jupiter, tu pleureras !
Tes temples, désormais en ruines, seront désertés alors que tes statues à ta semblance seront renversées. Tes larmes se noieront dans la Mare Nostrum et chacune d’elles y dressera des îles de feu. Même le Roi des Juifs, même les dieux de l’antique Thèbes seront liés à l’arbre de mort, rendus impuissants par la cruauté des hommes, la folie qui se sera emparée de toutes les créatures intelligentes.
Un vent bien plus rapide que le dieu Mercure soufflera en furie, faisant trembler toutes les maisons, tous les édifices, toutes les tours orgueilleuses, les abattant avec une rage irrépressible.
Alors, nos ancêtres se réveilleront et sortiront du royaume des ombres pour crier et maudire les vivants, pour hanter la conscience des coupables.
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A leur tour, les enfers se videront, le Shéol des Juifs se répandra sur la Terre tout entière et la peste règnera en maîtresse implacable, contaminant toute créature vivante. La neige deviendra brûlante comme mille soleils et anéantira toute vie, de la plus vile à la plus noble. Le ciel s’emplira de ténèbres et la Lune éclatera en mille et mille débris qui s’en viendront chuter sur nos contrées maudites.
Les loups dévoreront aussi bien les chiens que les enfants et ce sera la Nuit éternelle, suivie d’un profond silence.
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Dans les campagnes, le sable viendra de l’obscurité cruelle, il en pleuvra encore et encore sans que rien ne puisse faire cesser cette malédiction. Les eaux des océans se retireront pour revenir au galop d’un cheval furieux, immergeant toutes les cités, toutes les habitations.
Dans le ciel, le feu fera oublier les ténèbres et ce feu sera si puissant, qu’il fera oublier l’éclat des étoiles.
Rome, Rome ne sera plus, tout comme la Germanie, la Bretagne, la Pannonie et les terres lointaines. Par-delà l’océan, il n’y aura rien… sauf le vide et le silence… lourd, si lourd… ».
Les gens qui entouraient la couche de l’Empereur avaient reculé lorsque Marc Aurèle avait pris la parole, comme effrayés par ce qu’ils voyaient à défaut de le comprendre.
Toutefois, un courtisan était resté près du princeps, nullement figé par l’effroi. Le procurateur Quintus Severus Caero souriait intérieurement tout en pensant :
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« Il était dit que cet Empereur, ce Marc Aurèle devait mourir en l’an 180 après Jésus- Christ. Mais ce que l’Histoire officielle ne dira pas c’est que, moi, Commandeur Suprême, je suis responsable de ce décès. Oui, je suis un assassin, ayant inoculé au Prince la peste ! Cependant, je n’ai en rien changé le cours de l’histoire, du moins, pas encore. En y réfléchissant, j’ai simplement permis ce qui devait être. Pas davantage. Ainsi, débuteront les premiers troubles qui affecteront durablement cette pitoyable humanité. Ma tâche étant achevée, esquivons-nous le plus discrètement possible et rendons-nous sous Charlemagne. Un autre travail m’attend là-bas. Cette fois-ci, j’ai bien l’intention d’enclencher une harmonique temporelle autre ! Ferais-je mourir ce demi-barbare en l’an 814 comme prévu, ou en l’an 819 ? Non… prudence est encore de mise… ne donnons pas trop tôt l’alerte aux Douze Sages. Il vaut mieux agir par petites touches indétectables ».
Alors, le procurateur recula, recula jusqu’à une tenture pour disparaître derrière celle-ci.
*****
1440. Une nuit d’hiver au monastère de San Pietro. L’année touchait à sa fin.
Comme à l’accoutumée, après le frugal repas du soir, les moines prenaient la parole tour à tour. Chacun s’exprimait librement. Il en allait de même pour Fra Vincenzo. Les yeux fixés sur un point visible de lui seul, comme halluciné, il parla d’une voix hachée, sourde et pourtant parfaitement audible.
- Adonc, mes frères, j’étais en train de prier, le doute dans le cœur. Prime n’avait pas encore sonné. Je ressentais sur mes épaules le lourd fardeau d’une longue journée de travail. Le froid vif perçait les épaisses murailles et tombait comme une chape sur mon échine endolorie. Dans ma cellule nue, aucune chandelle allumée. Je priais, agenouillé, devant mon crucifix. Mais un bruit soudain s’en vint interrompre mon recueillement. Alors, une lumière aveuglante envahit mon étroite cellule tandis que la porte restait pourtant close. Elle recouvrit près duquel se trouvait ma modeste couche. Effrayé, je me signai. N’était-ce pas le Malin qui venait frapper à mon huis ? Un vieillard m’apparut. Il était grand et portait beau. Il m’adressa la parole en français et me dit :

« Vincenzo, je suis le Temps. Ne recule pas, je ne te veux point de mal. Si je t’apparais sous cette vêture, c’est parce que c’est ainsi que vous m’imaginez, vous les hommes. Vincenzo, mon frère, ne désespère pas de l’humanité. Je sais que tu veux parcourir le monde en prêchant la bonne parole. Mais ta place est ici, dans ce monastère, car c’est à toi qu’il appartient d’éclairer tes frères les moines. Rome, la cité sainte, rayonnera sur la Terre tout entière, bientôt, très bientôt, plus que jadis et ce jour d’hui. Lorsqu’elle lancera ses derniers feux, sache que les hommes auront enfin atteint la sagesse ».
- Je n’ai pas cru un seul mot de ce que me disait l’apparition. Dans l’Apocalypse de Saint Jean, n’est-il pas écrit que le siège de l’Eglise sera détruit ? Tout faraud, j’ai crié : « tu mens ! » et l’apparition a répondu aussitôt :
« Où se situe la vérité ? Que sais-tu d’elle ? Existes-tu ? Si, moi, le Temps, je n’étais pas, Existerais-tu encore ? Toujours ? Tu as mal compris l’enseignement des Pères de l’Eglise et celui de la Bible. Tu nommes Dieu quelque chose d’impalpable, d’insondable. Dieu est omniscient, Dieu est omnipotent, Dieu est partout. Mais comprends-tu bien ces termes ? »
- Je rétorquais : « Dieu est Amour ! ».
« Tu le dis, tu veux le croire, poursuivit l’étrange apparition. Mais Dieu joue aussi avec les hommes. Le jour où il se rendra compte qu’ils sont en fait inutiles, qu’ils ne sont que des parasites dans une Création enfin achevée, qu’adviendra-t-il ? Es-tu capable d’envisager ce qui adviendra alors ? Tu penses que Dieu est amour parce que tout l’enseignement que tu as reçu te dispose à le croire. Tu veux t’en persuader. Mais, au fond de toi, le doute te ronge face aux cruautés qui assombrissent le monde extérieur. La guerre accomplit des ravages partout, on ne compte plus les meurtres, les pillages et les assassinats. Dieu est, de toute éternité. Dieu peut tout. Dans ce cas, pourquoi les hommes bornent-ils cette éternité ? Pourquoi délimitent-ils le monde ? Pourquoi la Divinité laisse-t-elle le mal s’insinuer dans le cœur de tes frères humains ? Pourquoi permet-elle toutes ces atrocités ? Ces abominations ? Toi-même et tes semblables avez anthropomorphisé Dieu, vous l’avez doté de caractères bien humains. Or, la Toute-Puissance n’est point du tout cela. Le seul véritable infini, c’est le Temps ! Avant le Temps, il y a déjà le Temps. Il est autre, c’est tout. Il est confondu avec ce qui doit être. Oui, le Temps gouverne, tous les mondes, tous les êtres vivants, la Création tout entière. Foin d’Amour ! Seule l’impassibilité explique l’apparition du Tout. Ôte le Temps… que reste-t-il ? Rien. Je suis le Temps, je suis le Maître, je suis Dieu, le Seul et l’Unique ».
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- A ouïr ces paroles impies, pris de vertige, je fermais les yeux, la fièvre s’emparant de mon corps. Lorsque je rouvris les paupières, l’apparition s’était estompée. J’étais seul dans ma cellule, rien n’avait changé. Le crucifix était toujours là ainsi que mon humble couche. Je pris la résolution de mettre par écrit ce que l’envoyé m’avait dit. Mes pensées, mes réflexions aussi. Mon ouvrage est presque achevé. Tantôt, il pourra être lu par vous, père prieur… d’ici une semaine, pas davantage.
Le prieur en charge du monastère de San Pietro toisa son moine avec courroux. Après quelques secondes d’un silence pesant, il parla et ses paroles se faisaient dures dans sa bouche pincée.
- Fra Vincenzo, écoutez-moi bien. Vous brûlerez dès ce soir ces pages déjà écrites, des pages inspirées par le démon ! C’est un ordre.
Les autres moines renchérirent.
- Oui. Il faut brûler les écrits hérétiques. Brûlons, mes frères. Rendons-nous dès cet instant dans la cellule de Fra Vincenzo et détruisons cet ouvrage. Donnons-lui l’exemple. Encourageons-le.
- Mes fils, commanda le prieur, ayant manifestement réfléchi. Le moment n’est pas encore venu. Il me faut convoquer l’évêque. Lui seul peut décider de ce qu’il faut faire. Quant à vous, Fra Vincenzo, vous resterez enfermé dans votre cellule, au pain et à l’eau jusqu’à l’arrivée de monseigneur l’évêque.
- Hérétique ! Hérétique ! crièrent en chœur les autres frères et oblats.
Bousculé, conspué, Fra Vincenzo baissa la tête. Il eut cependant la force de hurler.
- Mes frères, je ne suis pas un hérétique. C’est vous qui faites fausse route. C’est vous qui êtes dans l’erreur. Vous croyez que l’homme est apparu sur la Terre il y a quatre mille ans ou six mille ans parce que ceux qui ont rédigé la Bible l’ont écrit. N’était-il pas normal, prévisible que l’homme existât un jour ? Mais la date de cette création est fausse. Pas la venue de l’homme, de l’intelligence matérielle. Pourquoi ? Parce que le Temps entraîne la vie, la conscience… vous êtes persuadé que rien ne change, rien n’évolue, tout reste tel quel. Or, c’est faux ! Avant la naissance de l’homme, il y avait des espèces de singes chez lesquels l’intelligence était en gésine, ne faisait que balbutier.
Après une courte pause, juste le temps pour reprendre son souffle et tenter de se mettre à l’abri des horions qui pleuvaient sur lui, Fra Vincenzo, hors de lui-même, enchaîna.
- Ptolémée

a écrit que la Terre se trouvait au centre de la Création. Que les étoiles brillaient pour éclairer la nuit. Que le Soleil tournait autour de la Terre et rayonnait pour elle seule. C’est une erreur. C’est un mensonge ! Cela nous rassure de croire cela. Mais nous commettons alors le péché d’orgueil. Sommes-nous si importants ? Non ! Car il existe d’autres mondes, d’autres planètes, d’autres terres, comme la nôtre. Notre planète n’est pas une surface plate accrochée dans le ciel. Jadis, les païens savaient que la Terre était ronde, tout comme les étoiles, des étoiles qui sont des soleils, éclairant d’autres mondes. Oui, je l’affirme : par-delà notre Soleil, il y en a d’autres, une infinité. D’autres étoiles fort éloignées de nous. Il y a autant d’univers que d’étoiles. Il y autant de vies que de grains de sable sur la plus vaste des plages. Vous avez ordonné qu’il était interdit d’examiner les cadavres, de ne pas les découper afin de ne pas empêcher la Résurrection lors du Jugement Dernier. Absurdité ! Il nous est interdit également de construire une machine capable de se mouvoir par elle-même. Adonc, n’est-ce pas là encourager l’esclavage des animaux qui sont pourtant nos frères comme le disait saint François d’Assise ? Ou pis, celui des humains, des mécréants qui sont à notre semblance ? Nous sommes des menteurs, nous sommes des machines qui pensent et sentent, qui vivent et s’usent, qui meurent. Je vous le dis : un jour, l’homme s’affranchira de tous ces interdits. Il volera dans les cieux, dominera le vent. Il possèdera l’énergie du Soleil et il voyagera jusqu’aux étoiles les plus lointaines.

C’en fut trop pour le Prieur et les moines. Ils parvinrent à assommer Fra Vincenzo et le transportèrent inanimé jusqu’à sa cellule. Puis, deux des frères montèrent la garde tandis que le Supérieur avait gagné ses appartements afin d’adresser un courrier à l’évêque. Le temps pressait et il fallait vite enrayer cette déviance hérétique qui menaçait le dogme en son entier.
*****
355 000 ans après Jésus-Christ ou quelques milliards d’années dans le futur ou dans le passé. Aucun repère temporel n’était valable désormais. Tout se confondait.

Une nef spatiale gravement endommagée se retrouvait projetée dans l’infini du futur, au sein d’une effroyable tempête, un maelström incontrôlé et incontrôlable, généré par la colère des dieux. A son bord, l’homme robot Kintu Guptao Yi Ka, celui qui avait été chargé par Johann van der Zelden d’espionner ses congénères.

Mais pourquoi l’homme synthétique avait-il emprunté une sorte de translateur ? Kintu avait volé l’appareil personnel de l’Ennemi afin d’échapper à Michaël Xidrù, ce dernier s’étant résolu à en finir une fois pour toute avec Johann.
Le fouineur Kintu était parti de la fatidique année 1998 de la chronoligne 1720 alors que le combat ultime se déroulait entre le représentant de la Vie et celui de l’Entropie. Cependant, l’homme robot ignorait s’il avait dérobé à l’Ennemi un engin déjà testé ou un duplicata encore à améliorer pour une haute ponte militaire du Pentagone.
Le plan de Johann était fort simple bien que quelque peu risqué : rejoindre le Commandeur Suprême dans cette machine temporelle et son mystérieux allié dans une autre. Ainsi, les deux êtres humains pourraient alors être sauvés de l’ire de Michaël et voire ainsi leur pathétique existence perdurer indéfiniment… ou encore van der Zelden aurait tout le loisir de s’amalgamer à l’IA et de prendre définitivement les rênes de l’imaginative Re-Création ou A-Création.
Kintu avait pris la précaution de programmer le translateur et sa destination se situait à une date fort éloignée de la civilisation post-atomique numéro 1 de laquelle il était originaire. Mais la capricieuse nef en avait décidé autrement et avait désobéi à sa programmation initiale.
Spiralant dans les vagues temporelles, le vaisseau franchit sans encombre les anneaux immatériels du Temps, faisant une courte escale à peine perceptible aux alentours de l’an 30 000 pour presque aussitôt repartir.
Les années s’ajoutèrent aux années, aux siècles et aux millénaires. A l’allure où il voguait dans l’incommensurable futur, le module n’allait-il pas finir par heurter le point fatidique, l’an 132 543 ? On aurait pu le craindre. Mais il n’en fut rien.
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Sans logique, le translateur dépassa le mur du Temps, sans aucune secousse, sans que nul incident vînt stopper sa course folle.
Or, peu à peu, le vaisseau perdait sa forme matérielle prédéfinie, revêtant l’immatérialité ambiante au sein de laquelle il se mouvait ! Cette date même de 132 543 signifiait-elle réellement quelque chose ? Existait-elle, frontière d’un autre Univers, au sein d’une Dimension parallèle ? Ou n’était-elle qu’une vue de l’esprit, d’un esprit non encore achevé, non encore capable de Tout comprendre et de Tout remodeler ?
A l’intérieur de la nef livrée à elle-même, Kintu paniquait. Il voulut essayer de freiner le vaisseau, de le rerouter et de le rematérialiser. Vainement, on s’en doute. Il n’était pas outillé pour cela. Comprenant qu’il ne parviendrait à rien, l’homme synthétique expérimenta alors le sentiment nouveau pour lui de la frustration. Prostré au sein de son habitacle désormais indescriptible, il regarda, l’œil vide, défiler les chiffres effarants des siècles qui s’écoulaient à une cadence tout à fait invraisemblable. 200 milliards d’années, 6 000 quatrillions de milliards d’années, 75 000 0000 de quintillions de milliards d’années… des dates qui perdaient toute signification, qui se succédaient si rapidement qu l’ordinateur central ne parvenait même plus à les afficher en temps réel, y compris à les élever à la puissance…
« Le vaisseau va se désintégrer dans les anneaux du temps ! », marmonnait Kintu dans son sabir du 31ème siècle.
En cela, l’homme robot rebelle n’avait pas tort. Le translateur, ayant franchi le seuil fatidique et théoriquement indépassable, du moins dans cette chronoligne-ci, de l’an 132 543, ses micro-processeurs devaient cesser de fonctionner. Or, cela n’advint pas car, de par sa propre poussée, l’engin poursuivit sa course au sein du cauchemar de l’infini du Temps.
Toutefois, insensiblement, progressivement, par touches infinitésimales, le module et l’homme robot se retrouvèrent inextricablement entremêlés, se confondant, fusionnant dans l’immatérialité, au sein de l’Energie qui, au contraire de ce qui était attendu, ne s’éparpillait pas, mais se concentrait.
Alors… alors Kintu Guptao Yi Ka comprit tout, accéda à la Connaissance transcendante tandis que la Mutation s’accélérait, atteignant des « vitesses » époustouflantes.
Naturellement, le vaisseau du Temps, à ce rythme-là, se désagrégea en une infinité de pré particules et de particules, de molécules et d’irradiations, tandis que l’homme de confiance de Johann subissait le même sort, passait par les différents stades de la décomposition de la matière et de la lumière, rejoignant la poussière originale ou ce qui, ici, en tenait lieu.
Une femto seconde, l’esprit de Kintu s’ouvrit, lui permettant d’appréhender tout le mystère du Multivers, en symbiose avec le point unitaire unité originel, l’instant zéro juste avant que la Contraction de la Totalité repartît vers l’Expansion.
L’homme synthétique était dans l’Origine, baignait dans ce Point chaud, incontournable, alors que se produisait le Big Bang tant attendu mais aussi tant redouté, assistant par-delà tout sentiment tactile, à la Naissance de l’Univers, du moins d’une fraction du Multivers.

Autour de lui, autour du point central, autour de cette unité, il n’y avait que le Néant, il ne régnait que le Grand Rien, un rêve de chaos…
Kintu, saoul au-delà de tout entendement, mourut, réintégrant le segment zéro, ne faisant plus qu’un avec lui, là où tout avait commencé, où tout recommençait, où tout recommencerait.
Sans un bruit, sans un souffle, sans un cri, Kintu disparut. Le point originel, névralgique, l’énergie contenue en un seul et unique atome avait absorbé la créature, mais pas seulement. L’Alpha, éternellement répété, l’Alpha, se confondant avec l’Oméga.
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